M. Secteur Private Equity

Les trois enjeux principaux [742]

Question

Quels sont les trois enjeux du secteur Private Equity en matière de Développement Durable ?

Réponse

Dans le secteur du Private Equity, les principaux enjeux liés au Développement Durable sont les suivants :

1. Structurer la prise en compte du sujet de façon pérenne

a. Prendre position sur le sujet, définir et formaliser son niveau d’engagement

A partir d’un état des lieux de l’ensemble des actions menées au niveau de son entité mais également au niveau des participations, la société de gestion pourra définir son niveau d’engagement. Le nombre de lignes d’investissement et la forme d’investissement (minoritaire, majoritaire, LBO, retournement, …) sont autant de paramètres à prendre en compte pour définir la force de son engagement. La signature des PRI est en général une décision prise à ce stade.

b. Former l’ensemble de ses équipes

L’AFIC (Association Française des Investisseurs pour la Croissance) a développé une série de modules de formation aux questions ESG.

c. Mettre en place une organisation

La plupart des sociétés de gestion qui prennent sérieusement l’ESG en compte ont toujours un associé qui porte le sujet, mais de plus en plus dédie un collaborateur (investisseur ou back office) de 20 à 100% de son temps au traitement des aspects opérationnels au quotidien.

2. Intégrer le Développement Durable tout au long du « cycle de vie » des participations (acquisition, suivi, cession) dans un objectif de performance et de création de valeur

La plupart des sociétés de gestion prennent déjà en compte certains critères environnementaux et sociaux lors de la phase d’acquisition, pour ainsi évaluer les risques juridiques majeurs et donner lieu en général à des due diligences spécifiques. Les due diligences ESG constituent une première étape d’évaluation des critères ESG. Elles se systématisent de plus en plus et dépassent la seule vision analyse des risques pour couvrir des sujets comme l’efficacité opérationnelle, l’innovation ou le potentiel de développement de marchés. D’autres éléments doivent être pris en compte, tels que :

  • la nature et les conditions de production des produits et services chez les fournisseurs ;
  • l’empreinte carbone ou les consommations d’énergie ;
  • la politique de formation ou de diversité, la rétention des talents ;
  • les règles éthiques appliquées à la conduite des affaires ;
  • etc.

La phase de suivi des participations est également cruciale : il s’agit d’identifier et de formaliser les démarches que les entreprises ont déjà mises en place sur les critères ESG et de les inciter à progresser sur un certain nombre de ces critères. Dés la due diligence d’acquisition, un certain nombre de leviers d’actions doivent être identifiés. Une fois le closing passé, un travail post deal pourra compléter ces travaux et conduire à la définition d’un « contrat ESG » entre l’actionnaire et sa nouvelle participation. Ce « contrat » couvrira les champs ESG essentiels pour le fond et qui feront l’objet d’un reporting et d’un suivi annuel en Conseil d’Administration ou de Surveillance.

L’amélioration significative des critères ESG et les actions mises en place pendant cette période permettront ensuite de valoriser l’entreprise sur ces critères, au moment de la cession. C’est donc au cours du suivi de ses participations que la société de gestion dispose du levier d’action le plus important.

3. Mettre en place un « reporting » dédié, à destination des investisseurs, de ses participations et éventuellement de la société civile

Le « reporting » extra-financier ESG concerne d’une part la société de gestion et d’autre part ses participations. Il répond à deux objectifs :

a. Piloter la démarche

Il s’agit ici de définir des indicateurs de performance ESG pour mesurer les progrès d’une année sur l’autre puis des objectifs chiffrés, fixés en cohérence avec les enjeux clés des entreprises. Les plans d’actions seront construits dans le but d’atteindre ces objectifs en fonction du calendrier défini.

b. Rendre compte

Il s’agit d’abord pour les participations de rendre compte de l’avancement de leur démarche à la société de gestion. Pour cette dernière, c’est à destination de ses investisseurs qu’elle communiquera en toute transparence.

Les indicateurs ESG dépendront de la stratégie mise en œuvre : KPI (key performance indicators) pour poursuivre l’atteinte des objectifs, « reporting » standardisé pour répondre aux attentes des investisseurs (ESG disclosure framework voir n°740).

La société de gestion pourra également choisir de concentrer son reporting sur des enjeux qu’elle considère comme majeurs. Par ailleurs, la publication des données extra-financières est entrée depuis quelques années dans un mouvement de rigueur, issu à la fois de la réglementation et de l’évolution des attentes des parties prenantes financières et non financières.

Depuis 2011, on assiste à l’apparition d’une forme de communication corporate des sociétés de gestion sur les questions ESG via des rapports annuels (Apax Partners, Eurazeo SA, Eurazeo PME, PAI Partners, …), et les sites internet (Axa PE, Activa Capital, ….). Cette communication répond clairement à une volonté croissante du Private Equity d’aller vers plus de transparence sur son métier et ses process.

Indicateurs KPI (key performance indicators)

Un indicateur de performance KPI (key performance indicator) est une mesure ou un ensemble de mesures braquées sur un aspect critique de la performance globale de l’organisation. Un indicateur de performance ne laisse jamais le décideur indifférent. Lorsque le décideur n’agit pas c’est en toute conscience (« Les nouveaux tableaux de bord des managers », Alain Fernandez, Editions d’Organisation, 4e édition 2008).

Pour plus d’information sur la publication de données extra-financières (GRI/Grenelle 2) voir n°573