H. Secteur Pharmaceutique

Modifications profondes dues au Développement Durable [680]

Question

Qu’est-ce que le Développement Durable modifie profondément dans le secteur Pharmaceutique ?

Réponse

L'industrie pharmaceutique est à un carrefour clé de son évolution. Dans les marchés matures, les budgets sont restreints et les acteurs institutionnels souhaitent des solutions adaptées et des médicaments adéquats. Les entreprises pharmaceutiques doivent maintenant démontrer leur valeur ajoutée «réelle» aux organismes payeurs et aux patients, afin de prouver leur légitimité et de rétablir la confiance dans le secteur. Au sein des marchés en croissance, les entreprises doivent répondre de façon responsable aux besoins d’une population croissante, en s’adaptant à la diversité démographique et culturelle. Celles qui osent font face à un avenir optimiste, tandis que celles qui restent inactives aujourd'hui pourraient être amenées à avoir beaucoup de regrets.

En parallèle, au niveau même du secteur, on observe une pénurie de nouvelles molécules en cours de développement, des performances financières médiocres, un accroissement des dépenses commerciales et de marketing, une augmentation des contraintes et des défis réglementaires, une baisse des dépenses publiques dans le système de santé et enfin une réputation ternie.

Tous les laboratoires opèrent déjà sous un strict contrôle environnemental. Mais ces réglementations vont probablement devenir encore plus rigoureuses, en raison notamment du mouvement international en faveur d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre. Or de nombreux actifs sont conçus pour supporter des processus de fabrication spécifiques, consommant habituellement des montants d’énergie et d’eau considérables. Si l’industrie veut diminuer son empreinte environnementale, elle devra adopter de nouveaux processus, plus verts, qui imposent un investissement substantiel dans un nouvel équipement.

Le réchauffement climatique et la raréfaction de la ressource en eau changent les schémas mondiaux et de nombreux centres traditionnels de fabrication pharmaceutique, tels que Singapour, qui résident dans des régions qui deviendront plus vulnérables aux événements climatiques extrêmes. Certaines sociétés pourraient avoir à relocaliser quelques unes de leurs unités de production dans un nouveau pays ou une nouvelle région. De nombreux facteurs politiques, financiers et économiques doivent être étudiés dans ce type d’affaire complexe.

Face à l’ensemble de ses évolutions, le secteur Pharmaceutique est amené à se modifier profondément et à changer son business model à différents niveaux :

1. Recherche et Développement et accès aux soins

Depuis plusieurs années, face à une pression croissante des gouvernements, des institutions internationales et autres parties prenantes, les groupes pharmaceutiques se voient attribuer un rôle majeur dans l’accès au médicament des populations les plus démunies. Au-delà d’un rôle de soutien pour le renforcement des structures de soins et de distribution, ces parties prenantes attendent d’eux qu’ils :

  • orientent leurs activités de recherche et développement (R&D) vers des traitements moins chers et plus adaptés aux situations des pays en voie de développement (maladies plus spécifiques à ces régions du monde), et
  • en ce qui concerne les maladies plus classiques, optimisent les coûts de production des médicaments ou s’orientent plus systématiquement vers la commercialisation de génériques.

2. Ethique de la recherche et R&D virtuelle

Les laboratoires pharmaceutiques vont davantage avoir recours à la recherche et développement dite « virtuelle » pour accroître leur innovation et endiguer la baisse de leurs revenus du fait de l’arrivée à échéance de nombreux brevets et répondre aussi à des contraintes d’éthique, en réduisant les tests sur les animaux et les essais cliniques sur les hommes. Les nouvelles technologies créent une meilleure connaissance des mécanismes biologiques des maladies et participent à la construction d’un « homme virtuel » qui permet aux chercheurs de prévoir les effets des nouveaux médicaments en cours de développement avant même que ceux-ci ne soient testés sur l’être humain. Certains laboratoires ont ainsi réduit la durée des essais cliniques de 40 % et ont diminué de 2/3 le nombre de patients requis.

3. Globalisation et pays émergents

Les acteurs de premier plan de l’industrie pharmaceutique ne peuvent se permettre d’ignorer les pays de l’E7 (Brésil, Chine, Inde, Indonésie, Mexique, Russie et Turquie) qui devraient représenter un cinquième des ventes mondiales de médicaments pour majoritairement des maladies chroniques proches des pays développés. Ces pays constituent des marchés émergents, concurrents potentiels et partenaires dans l’industrie, la recherche et le développement et comme sites d’essais cliniques. Certains de ces pays, comme la Chine et l’Inde ont une expertise industrielle de sous-traitant considérable. On observe déjà des démonstrations de rapprochements entre les grandes firmes pharmaceutiques et les entreprises chinoises et indiennes de génériques prenant la forme d’alliances pour approvisionner les marchés mondiaux.

4. Nouveaux partenariats pour placer le patient au cœur du « business model »

Les groupes pharmaceutiques tendent à pratiquer le « gagnant-gagnant » en s’associant avec un large panel d’organisations, depuis les institutions académiques, les hôpitaux et les fournisseurs de technologie, jusqu’aux entreprises proposant des programmes d’observance des traitements, le conseil nutritionnel, la gestion du stress, la physiothérapie, les complexes gymnastiques et les dépistages de santé. In fine, tous les acteurs seront rémunérés en fonction de mesures centrées sur le patient, telles que la prévention des maladies et l’amélioration de la qualité de vie afin de défendre durablement la santé publique. De même, la relation avec les organismes payeurs évolue en vue d’une optimisation des dépenses et de l’efficacité du traitement. On passe ainsi d’un système purement centré sur les produits à un modèle de service visant une amélioration des résultats pour les patients, de la prévention ou des traitements, plutôt que le traitement continu des maladies.

5. Pratiques marketing

Les effectifs des forces de vente de l’industrie pharmaceutique sont de plus en plus réduits obligeant les équipes à devenir plus efficaces et à acquérir de nouvelles compétences. Cette industrie doit désormais se focaliser sur la démonstration que ses produits et les services associés sont capables, d’une part, d’améliorer la santé et la qualité de vie et, d’autre part, de réduire les frais de santé. Cette industrie est également soumise à des règles promotionnelles de plus en plus strictes à tous niveaux (formation, congrès médicaux, promotion des médicaments) afin de garantir un marketing éthique et responsable tout en apportant l’information adéquate au patient et au médecin.

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