F. Secteur Energies, " Utilities " et Mines

Modifications profondes dues au Développement Durable [660]

Question

Qu’est-ce que le Développement Durable modifie profondément dans le secteur Energies, « Utilities » et Mines ?

Réponse

Les entreprises du secteur Energies (extraction de pétrole, gaz, uranium, etc.), Utilities (production et distribution d’eau, de gaz ou d’électricité) et Mines sont très fortement concernées par le Développement Durable dans la mesure où, afin de répondre aux besoins croissants de leurs clients - aussi bien particuliers que professionnels - en énergie et en services afférents, elles figurent parmi les premiers consommateurs de ressources naturelles, qu’elles transforment ou distribuent.

Ce secteur est donc directement confronté aux problématiques liées à la question de la finitude des ressources et de l’impact des activités humaines sur l’environnement (avec comme premier exemple la question du changement climatique), qui sont au centre de la notion de Développement Durable.

La question relative à l’exploitation du gaz de schiste revient sur le devant de la scène et relance le débat sur l’avenir de cette ressource fossile. D’un côté, le Medef et l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques voudraient revenir sur la loi Jacob de 2011 interdisant la fracturation hydraulique, compte tenu des nombreux bénéfices économiques attendus. De l’autre, de nombreuses associations et ONG inquiètes des incertitudes soulevées, réaffirment l’importance des principes de prévention et de précaution. En juin 2013, les pouvoirs publics français semblaient peiner à décider d’une ligne de conduite claire.

Même si cela peut paraître contradictoire, la prise en compte de ces contraintes a souvent conduit ce secteur à être un précurseur en matière de Développement Durable : développement et exploitation de nouvelles sources d’énergie, recherche d’une meilleure efficacité énergétique, adaptation à de nouveaux cadres réglementaires de plus en plus exigeants, etc. Toutefois, la polémique soulevée par la question des technologies à utiliser pour extraire ces hydrocarbures (fracturation hydraulique certes très consommatrice d’eau mais restant à ce jour la technique la plus efficace et la mieux maîtrisée) démontre que les pratiques professionnelles et la réglementation doivent impérativement osciller entre la recherche de progrès technologiques, la complexité croissante de captation des nouveaux gisements, les niveaux de rentabilité attendue des opérations et la maîtrise des risques de dommages à notre environnement.

1. Finitude des ressources

Ces dernières années ont vu l’opinion générale et plus spécifiquement le secteur de l’Énergie et des « Utilities » prendre une conscience croissante de la finitude des ressources naturelles (eau), primaires (pétrole, gaz naturel, etc.) et de la vulnérabilité de nos sociétés dont l’activité et le développement s’appuient de manière déterminante sur des ressources risquant à terme de manquer.

Les dernières crises ont mis en avant le risque d’une trop grande dépendance vis-à-vis de certaines sources ou zones du monde (sécurité d’approvisionnement).

Le portail européen de l’énergie (« Europe Energy’s portal ») estime que si la consommation mondiale d’énergie reste au même niveau que celui d’aujourd’hui, les ressources d’uranium et de charbon seront épuisées dans les années 2140, celles de gaz naturel en 2068, et le pétrole dès 2047.

Les marchés de l’énergie et du pétrole risquent de devenir plus volatiles et imprévisibles à cause de cette plus forte demande en énergie, les incertitudes liées à la capacité de production, etc.

En 2011, les grandes tendances de consommations d’énergie sont confirmées en France : l’électricité et le gaz (notamment gaz naturel) demeurent les énergies les plus consommées (l’électricité représente plus de 40 % des consommations hors usage en tant que matière première et le gaz 36,1 %[1]).

L’eau est une ressource rare et abondante. Rare, car l’eau douce représente 2,75 %[2] seulement de la masse d’eau sur terre et 75% de cette masse d’eau est située dans les glaciers et les glaces. Abondante, car la terre compte plus de 1 400 millions de km3 d’eau dont 97,25 % dans les océans et les mers. Ceci fait que l’eau réellement disponible pour l’homme représente à peine plus d’un pour cent de l’eau de la planète. Il est prévu qu’à horizon 2030, la demande globale en eau douce dépassera de 40 %[3]   les ressources disponibles.

Les enjeux climatiques, les changements de l’opinion face au respect de l’environnement et la prise de conscience de la nécessité de bien gérer les ressources rares - qu’elles soient renouvelables (eau, air) ou non renouvelables (gaz, pétrole) - se conjuguent pour contraindre les acteurs du secteur à s’adapter en développant de nouvelles sources d’énergies et à améliorer leurs services dans le but d’une meilleure efficacité énergétique ou d’emploi d’une ressource finie. Ceci incite aussi les entreprises à développer la recherche de nouveaux matériaux de substitution, et de réfléchir à la valorisation de leurs déchets : déchets minéraux dans le secteur des mines, par exemple, et maîtrise des intrants tels que l’énergie et l’eau.

Les pays en développement s’industrialisent de plus en plus vite, ce qui implique une demande exponentiellement croissante en ressources. L’industrie est très exposée à une rude compétition sur un panel très large de ressources primaires de plus en plus rare. C’est le cas par exemples pour quelques terres rares indispensables dans la composition de panneaux photovoltaïques, disponibles principalement en Chine. La Chine se voit ainsi détenir un monopole dans la fabrication des cellules photovoltaïques.

Le principal enjeu de l'industrie minière est celui de la baisse des teneurs en minerai qui implique qu’avec le temps, pour produire la même quantité de métal, la quantité de minerai extraite et traitée est de plus en plus importante. Ceci est de nature à obliger les industriels à prendre avec plus de sérieux les problèmes environnementaux auxquels l'industrie des mines est confrontée.

2. Business models

Le secteur « Utilities », y compris l’eau et la propreté, tarifie ses activités sur les volumes traités (quantité de déchets traités, volume d’eau traitée et consommée). Or, les bonnes pratiques de Développement Durable conduisent, en raison de la finitude des ressources et des conséquences climatiques, à réduire les volumes d’eau, de déchets et d’énergie. Qui plus est, les groupes du secteur Utilities (et en France ceci concerne Veolia Environnement, Suez Environnement, la Saur, etc.) sont souvent à l’initiative de la promotion de ces bonnes pratiques auprès de leurs clients publics ou privés, directs ou indirects. Il est donc nécessaire de faire progresser la réflexion sur les bases de la tarification, afin de substituer aux seuls volumes des indicateurs de performance reposant sur les bénéfices que ces groupes, très tournés vers la Recherche & Développement, permettent à leurs clients et à la Collectivité au sens large de réaliser.

3. Impact des activités humaines sur l’environnement

La question du respect de l’environnement a, depuis plusieurs années, une place prépondérante dans le développement des activités des entreprises du secteur Energie et Utilities.

Il est aujourd’hui incontournable pour une entreprise de ce secteur d’assumer sa responsabilité sociétale face au public en matière d’image et de réputation, dans la gestion des impacts sur les populations locales, les crises ou les accidents de pollution, notamment dans le secteur des industries extractives.

Les entreprises et l’opinion publique ont pour préoccupation commune de gérer les impacts de leurs activités sur la biodiversité et les écosystèmes. Des systèmes de management environnementaux peuvent être mis en place, qui permettent de communiquer de façon transparente sur les normes appliquées et le souhait des entreprises de réduire leur empreinte environnementale. Il existe des procédés de fabrication qui permettent notamment la réduction des gaz à effet de serre (avec des moyens d’y parvenir à un moindre coût) et l’optimisation de la consommation d’eau et de matières premières (avec le développement de « technologies de rupture » permettant de réduire l’utilisation de ce type de ressources : matières premières, eau, air, sols, etc.).

4. Enjeu climatique

L’enjeu climatique est symbolisé par les accords de Kyoto, qui bien que datant de 1997, ne sont entrés en vigueur qu’en 2005. Ceux-ci témoignent de l’importante prise de conscience des effets majeurs que pourrait avoir l’intensité de l’utilisation des énergies fossiles de nos économies développées ou en voie de développement.

Le Protocole de Kyoto a été prolongé jusqu’en 2020 lors de la Conférence de Doha de 2012

L’importance des impacts des modifications climatiques envisagées a été illustrée par l’élaboration de scénarios catastrophiques liant montée des eaux, réduction des productions agricoles due à la sécheresse et phénomènes météorologies de plus en plus aigus. Des initiatives complémentaires aux accords de Kyoto ont démontré la volonté de réaction face à ces impacts potentiellement catastrophiques : en 2007, l’Union européenne s’est engagée à réduire de 20 % ses émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2020. Des initiatives pour faire émerger des solutions alternatives sont trouvées afin de diminuer les émissions et d’utiliser d’autres formes d’énergie ou de nouvelles technologies moins polluantes et plus respectueuses de l’environnement.

Ceci se traduit dans le secteur de l’Energie et des Utilities par une nécessité de se renouveler pour être en mesure d’offrir des solutions énergétiques plus propres et plus innovantes. Ainsi de nouvelles solutions économiques et technologiques font leur apparition comme le captage et le stockage du CO2 (CSC), le marché d’échange des quotas d’émission de CO2, etc. Le nucléaire, très peu émetteur de CO2, apparaît également comme une solution actuellement incontournable, bien que controversé, des progrès étant notamment faits en matière de gestion des déchets et de prévention des risques de dissémination.

5. Nouvelles énergies (développement d’énergies renouvelables)

Un autre des objectifs de l’Union européenne est d’atteindre une proportion de 20 % d’énergies renouvelables dans la consommation énergétique totale d’ici 2020. En 2011, 13 % de l’énergie européenne est d’origine renouvelable (Source : www.insee.fr consulté le 08/07/2013). Le renouvelable reste au cœur de la politique énergétique européenne. Le paquet énergie climat pour 2030 de mars 2013, prévoit d’augmenter progressivement la part des énergies renouvelables.  Alors que la hausse des prix de l’énergie laisse entrevoir la possible exploitation de nouveaux gisements énergétiques, tels que les sables bitumineux de l’Alberta, ces opérations soulèvent la question de l’exploitation toujours plus intensive de gisements de plus en plus difficiles à atteindre et de l’impact environnemental de leur exploitation.

Paquet énergie climat

Dans le domaine de l’électricité, l’accord a validé la mise aux enchères à 100 % dès 2013, mais la transition énergétique plus difficile dans les nouveaux Etats membres a été prise en compte en prévoyant des dérogations limitées jusqu’en 2020. Cet accord confirme l’engagement de l’Union européenne en faveur des technologies innovantes de captage et de stockage du carbone et des sources d’énergie renouvelables (source : ministère de l’Ecologie).

Les acteurs du secteur de l’Energie et des Utilities développent donc de nouvelles technologies afin de respecter les engagements de diminution d’émission de gaz à effet de serre permettant de réduire l’utilisation des énergies fossiles et de faire face au risque de l’extinction programmée des ressources. Dans ce contexte, de nouvelles solutions plus respectueuses de l’environnement sont développées telles que l’hydraulique, l’éolien, le photovoltaïque, la valorisation de la biomasse qui utilisent des ressources naturelles renouvelables plutôt que de consommer des énergies fossiles épuisables.

Le développement de ces nouvelles solutions progresse de plus en plus. La filière de l’éolien offshore est devenue mature en France avec une industrie compétitive. Il en est de même pour l’hydrolien marin, qui, depuis 2011, n’a cessé d’encourager le développement de solutions toujours plus innovantes. Au sein de la filière biomasse aussi des avancées ont été notées ces dernières années, avec le développement de projets comme l’utilisation de bois de saule de peuplier comme purificateur.

En France, en 2011, la bonne production électrique nucléaire et éolienne s’est redressé pour la deuxième année consécutive, atteignant 53,5 % (Source : www.insee.fr consulté le 08/07/2013).

Simultanément, le recours accru à ces technologies émergentes qui demandent des investissements importants, ne se fait pas sans heurts dans la mesure où elles ne sont pas sans inconvénient pour la communauté et touchent parfois de près les consommateurs finaux. Par exemple, la croissance du parc éolien est soumise à une opposition croissante de l’opinion publique, en particulier de proximité, et l’obtention des permis peut prendre des années.

6. Amélioration de l’efficacité énergétique

Plus que les énergies nouvelles, la recherche d’une meilleure efficacité énergétique permettra de ralentir la raréfaction des ressources. Dans ce domaine également, l’Union européenne s’est ainsi engagée à augmenter de 20 % l’efficacité énergétique d’ici 2020.

Différentes initiatives sont prises pour assurer cette évolution. Par exemple, en France, les mesures du Certificat d’Economie d’Energie (CEE) obligent certaines des principales entreprises du secteur de l’Energie et des Utilities à mettre en place des actions qui génèrent une diminution de la consommation énergétique de leur clientèle. Si les entreprises ne respectent pas ces obligations, l’Etat leur impose de fortes pénalités financières. Parmi les actions proposées par les « obligés », tels que EDF et GDF, encourager la rénovation thermique des logements : conseils, diagnostics, prêts à taux bonifiés, prime, etc. La première période de ce dispositif s’est achevée en 2009 et s’est avérée concluante. La seconde période, de 3 ans, a été entamée le 1er janvier 2011 et concerne encore plus d’entreprise d’autres secteurs.

Dans ce contexte, de nouveaux services liés à l’éco-efficacité font leur apparition destinés à la fois aux différents secteurs industriels, aux bâtiments, aux particuliers, etc.

7. Interaction avec les parties prenantes

 Le Développement Durable est intimement lié à la question de la responsabilité sociétale et collective face à la gestion de la planète et de ses ressources. Il est donc incontournable pour les acteurs de ce secteur d’intégrer bien en amont le rôle des parties prenantes dans le développement de leurs activités.

Par exemple, les opinions publiques et les organismes non-gouvernementaux peuvent avoir un rôle déterminant dans le succès de la réalisation de projets tels que l’accès public à l’eau et à l’assainissement, les fermes éoliennes, le développement de sites miniers, etc. De même, l’impact potentiel sur l’opinion publique de l’exploitation de zones pétrolières dans des pays en voie de développement oblige les entreprises à participer à l’économie locale de façon durable, c’est-à-dire en garantissant un développement économique local minimum, en luttant contre la corruption et en minimisant les impacts écologiques locaux. Les entreprises sont également plus responsabilisées par rapport aux risques auxquels font face leurs employés. Les accidents écologiques sont des enjeux collectifs pour lesquels la responsabilité d’entreprises du secteur a été reconnue à plusieurs reprises et qui ont, en sus des conséquences humaines et écologiques, des conséquences financières importantes en termes de réparation de dommages écologiques ( )

8. Poids de la réglementation

L’engagement des Etats dans la prise de conscience de la nécessité de modes de développement plus durables est crucial pour inciter les acteurs à adopter des comportements plus respectueux de l’environnement et des ressources naturelles. L’intervention des Etats est nécessaire dans la création et la régulation des marchés. Les entreprises du secteur doivent donc évoluer dans un périmètre réglementaire de plus en plus structuré et contraignant visant à respecter à la fois les engagements environnementaux au niveau mondial, européen et local.

Dans ce domaine, l’Union européenne et le gouvernement français ont démontré une volonté ferme d’être en avance sur le reste du monde, ce qui se traduit par un environnement réglementaire plus fort encore qui soulève la question de la compétitivité des entreprises européennes et françaises par rapport aux autres pays. En effet, le risque de distorsion de concurrence liée à la prise en compte du Développement Durable au sein de l’Union européenne pourrait limiter la croissance économique au sein de cette dernière, réduire l’incitation des sociétés étrangères à investir dans la zone européenne et, ainsi, remettre en question la notion de durabilité même des entreprises et de l’activité économique.

La transition énergétique constitue aussi un engagement de l’État qui, en réunissant différents acteurs de la société française (associations, professionnels, citoyens, etc.) permets de réfléchir conjointement aux meilleures solutions pour assurer une transition énergétique en adoptant les comportements plus sobres et plus écologiques inscrits dans un modèle de développement plus économe et basé sur une énergie plus respectueuse de l’environnement.

L’État a aussi un rôle essentiel à jouer quant au choix des projets à financer. Les investissements dans des projets « propres » sont encouragés, au détriment des investissements dans des secteurs polluants comme celui des énergies fossiles. Il semblait en juillet 2013 que l’Etat s’engage fermement dans ce principe d’éco-conditionnalité.


[1] http://www.insee.fr consulté le 08/07/2013

[2] Etude PwC « Eau : enjeux, dynamiques et modèles de gestion »

[3] 2030 Water Resources Group. (2009). Charting Our Water Future : Economic frameworks to inform decision-making

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