E. Secteur Automobile

Les quatre enjeux principaux [652]

Question

Quels sont les quatre enjeux principaux du secteur Automobile en matière de Développement Durable ?

Réponse

En ce qui concerne le secteur Automobile, le Développement Durable se traduit principalement - sous ses trois dimensions environnementale, éthique et sociale - par les particularités suivantes :

1. Faire face à la raréfaction des ressources pétrolières

La raréfaction des ressources énergétiques et l’attente du grand public d’un positionnement du secteur poussent certaines entreprises à adapter leur stratégie à court et moyen termes.

Au regard de solutions telles que le recours aux biocarburants et face aux inconnues entourant les stocks des ressources fossiles, les constructeurs mettent en premier l’accent sur les innovations technologiques des moteurs thermiques (downsizing, amélioration des blocs de climatisation, commande électronique des soupapes etc.). Ainsi en 2016, les moteurs thermiques représenteront toujours 95%[1] de la production mondiale.

A côté des avancées sur les moteurs thermiques, les constructeurs investissent massivement dans d’autres solutions innovantes. Les véhicules électriques font partie des technologies d’avenir. Cependant, malgré leur silence à l’utilisation, la diminution de leur coût de maintenance et un coût de recharge considérablement réduit, les voitures électriques ne connaissent pas le succès attendu et devraient représenter 1%[2] de la production mondiale en 2018. Parmi les barrières à lever, on trouve l’autonomie des batteries, le manque de structure de recharge, un coût d’achat élevé et l’incertitude entourant la valeur de revente du véhicule à l’occasion (durée de vie de la batterie encore mal connue). En France, des démarches visent à lever certaines de ces barrières : parmi elles, le programme d’achat de véhicules électriques pour le compte d’entreprises publiques, lancé par l’UGAP mi 2010, qui permet d’assurer aux industriels un volume de production minimum. De même, le développement de projets de véhicules électriques en libre-service, à l’image de celui de la Mairie de Paris Autolib’, de celui de La Rochelle, ou d’Autobleue à Nice, permet d’amorcer un changement de perception des clients utilisateurs.

Le recours à l’énergie électrique occupe déjà une part croissante dans les voitures « nouvelles générations ». De plus en plus de voitures sont dotées de systèmes micro-hybrides, plus communément appelés « Stop & Start ». Ces systèmes permettent de réduire la consommation de carburant de 5 à 15%. Ce recours progressif à l’électricité se matérialise aussi par un recours plus important à l’hybridation. Alors qu’en 2011, 1,2 millions de voitures légères produites dans le monde étaient hybrides, ce nombre devrait être multiplié par 4 d’ici à 2018, à 4,7 millions de véhicules[3].

2. Nécessité de prendre en compte l’ensemble de la chaîne de valeur (Aspect environnemental, social et éthique)

Participant à la production de l’une des principales sources d’émission de gaz à effet de serre (GES), les acteurs de l’industrie automobile doivent tenir compte de l’environnement dans toute la chaîne de valeur des produits qu’ils créent. Cette chaîne de valeur intègre bien entendu les fournisseurs, dont l’impact environnemental doit être évalué par les constructeurs lors de leur sélection. Cette préoccupation doit également être largement présente lors des opérations de regroupements d’entreprises, dans un secteur où la tendance est plus que jamais à la concentration. Dans le cadre des opérations de fusions/acquisitions, les acteurs de l’industrie doivent intégrer ces considérations dans leur réflexion et les utiliser comme un levier (néanmoins encore annexe aujourd’hui) dans leurs négociations.

Pour développer un moyen de déplacement au bilan carbone optimisé, les acteurs de l’industrie doivent donc réfléchir à l’ensemble de la chaîne de valeur : la conception, l’énergie consommée et la manière dont cette dernière est extraite, la construction, la distribution, la déconstruction et enfin le recyclage, dans le but de revaloriser les matériaux. Ainsi, par exemple, pour construire un modèle éco-responsable autour des véhicules électriques, les constructeurs doivent s’associer aux fournisseurs produisant des batteries « écologiques » mais aussi à ceux qui posséderont les meilleures technologies de recyclage. Un autre exemple de réflexion à amorcer en amont de la chaîne de valeur par tous les acteurs du secteur est la réduction du poids des véhicules, directement proportionnelle à la consommation de carburant.

Pour réduire l’empreinte environnementale de l’industrie, ils doivent exiger que leurs fournisseurs respectent les normes les plus strictes en matière d’usage et de rejets de substances (ie réglementation REACH, voir n°480, de recyclage voir n°650 et dans le développement même des produits. Pour cela, des audits environnementaux sont nécessaires pour s’assurer du respect des normes établies et instaurer les « meilleures pratiques ».

Par ailleurs, la valorisation accrue par les Etats des mesures éco-responsables appliquées par l’industrie automobile, par le biais d’une fiscalité incitative, l’établissement de normes globalisées et par l’octroi de marchés publics tenant compte de l’ensemble des variables permettraient d’instaurer un cercle vertueux dans l’éco-développement automobile.

Enfin, face au développement de l’activité dans les pays émergents, le recours à des fournisseurs locaux s’impose et il est du devoir des entreprises de s’assurer que leurs partenaires locaux respectent les règles émises par l’Organisation Internationale du Travail (OIT), avec en premier lieu le refus du travail des enfants et du travail forcé, mais également l’exigence du respect de normes d’hygiène et de sécurité. Pour garantir le respect de ces fondamentaux, les entreprises doivent établir des chartes « éthiques » permettant de montrer la prise en compte de la Responsabilité Sociale de l’Entreprise, complétées d’éléments de reporting chiffrés favorisant la comparaison des efforts entre sociétés ainsi que leur progression dans le temps.

3. Sécurité routière (Aspect sociétal)

La responsabilité des constructeurs automobiles est attendue en premier lieu sur les questions de la sécurité routière pour améliorer la sécurité active (le comportement routier) et passive (la protection en cas de choc) des automobiles.

On attend des constructeurs qu’ils mettent toute la technologie existante au service de la sécurité des passagers. La sécurité de la voiture prime ainsi sur toutes les autres considérations d’ordre par exemple esthétique, de confort ou environnemental. La construction des véhicules est régie par une série de normes et des classements réalisés à partir des résultats des tests sécurité sur les modèles commercialisés sont régulièrement publiés.

Les entreprises du secteur se doivent également de communiquer de manière responsable sur les véhicules qu’elles commercialisent. Une attention particulière doit donc être portée à la communication marketing de leurs modèles qui ne doit pas pousser à des comportements non responsables (ivresse, fatigue, téléphone au volant, dénigrement des transports en commun, etc.).

Par ailleurs, la co-création prend de plus en plus d’ampleur dans l’industrie automobile. L’enjeu de la co-création est de créer de la valeur par la mise en place d’un dialogue et de partenariats innovants et permets de repenser la chaîne de valeur traditionnelle. Toutes les parties prenantes sont concernées. Les constructeurs peuvent améliorer la conception de leurs produits, réduire leurs coûts, approfondir la connaissance de leurs clients et ainsi renforcer l’efficacité de leurs programmes de responsabilité sociale.

4. Passage d’une économie de produit à une économie de service (Aspect sociétal)

Dans une société en constante mutation, obligée de s’adapter aux changements d’esprit du consommateur et du citoyen, l’automobile tend à être moins perçue comme un bien d’équipement que comme un objet de mobilité. L’industrie automobile doit donc être une force motrice de changement des mentalités par le passage d’une économie de produit à une économie de service. Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et limiter l’encombrement des villes et des routes, les sociétés automobiles, aux côtés des pouvoirs publics, doivent « apprendre » aux conducteurs à optimiser les performances et l’impact environnemental de leur véhicule et offrir des services de mobilité répondant aux enjeux urbains de demain ; ce qui passe par une réflexion sur la diversification possible vers un rôle d’acteur de mobilité. Lorsqu’on sait qu’en France un véhicule particulier reste inutilisé 97 % du temps (hors périodes de vacances), cela ouvre inévitablement le champ des possibles en matière de réduction de l’empreinte globale des véhicules en matière à la fois d’encombrement et de pollution, bien au-delà de la simple réduction de la consommation de carburant.


[1] Source : Autofacts


[2] Source : « Automobile : des mutations nécessaires », PwC, juin 2012


[3] Source : « Automobile : des mutations nécessaires », PwC, juin 2012