D. Secteur Aéronautique, Défense et Sécurité

Modifications profondes dues au Développement Durable [640]

Question

Qu’est-ce que le Développement Durable et la RSE modifient profondément dans le secteur Aéronautique, Défense et Sécurité ?

Une industrie stratégique dans une économie mondialisée

Les grandes entreprises du secteur A&D sont largement internationalisées et s’implantent de plus en plus dans les pays émergents qui sont à la fois des pays clients et des concurrents potentiels (Étude PwC « A&D Insight, Gaining technological advantage », mars 2011). L’implantation dans ce type de pays peut avoir des conséquences sociales et environnementales importantes, de par notamment les différences fortes qui peuvent exister en termes de réglementation.

Ce phénomène de mondialisation entraîne également l’émergence de nouveaux acteurs (OEM et sous-traitants) issus par exemple de pays tels que le Brésil , la Chine, la Russie ou l’Afrique du Nord (Tunisie, Maroc). Ces acteurs agissent dans des cadres stratégiques et culturels différents de ceux des États-Unis et de l’Union européenne.

Importance des parties prenantes publiques

Les entreprises du secteur A&D ont une relation stratégique avec les parties prenantes publiques au plus haut niveau de souveraineté, qui sont aussi parmi leurs clients principaux, ainsi qu’avec les agences spatiales des plus grands pays (NASA, ESA, Roskosmos). À ce titre, le secteur A&D est hautement concerné par les problématiques liées à l’utilisation de l’espace, à son partage et à la préservation de cette ressource commune entre les nations. La France a d’ailleurs pris position en 2010 auprès des Nations Unies pour la durabilité des activités spatiales, en soulignant comme points principaux la prolifération de débris, la sécurité des opérations spatiales et la gestion du spectre de fréquences électromagnétiques.

Ainsi, le secteur A&D doit prendre en compte les ambitions et les actions des gouvernements et des organisations internationales pour le développement durable et la RSE, y compris en matière de défense. En France, le ministère de la Défense met en œuvre sur la période 2010-2014 un programme d’engagement pour le développement durable, dans le cadre de la S3D (Stratégie de la défense pour le développement durable formalisée au printemps 2012) comportant notamment un volet sur les achats durables.

Pour les entreprises de ce secteur, le maintien de la compétitivité face à des concurrents qui ont moins de contraintes réglementaires, sociales ou environnementales est un enjeu majeur du développement durable et de la responsabilité sociétale. Les questions suivantes se posent avec acuité : Comment dire oui à des transferts de technologie lorsque le mot « éthique » est interprété de manière différente ? Comment gérer les relations avec un sous-traitant étranger ? Comment enfin lutter contre la corruption dans certaines régions ?

Actions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre

Les produits des entreprises du secteur A&D ont une durée de vie longue (le cycle de vie d’un avion commercial pouvant s’étendre sur 40 ans et plus) et leur fonctionnement est pratiquement toujours dépendant de la disponibilité de carburants pétroliers.

L’accès de plus en plus incertain (prix, sécurité des approvisionnements…) aux ressources pétrolières et l’augmentation induite des coûts est un facteur de long terme dont doivent tenir compte constructeurs et équipementiers. Ceux-ci font preuve d’innovation technologique , notamment par l’utilisation de composites et par l’étude de carburants innovants. Ils développent également des démarches d’éco-conception qui intègrent très en amont les enjeux de développement durable dans les produits tout au long de leur cycle de vie. En France, ces efforts sont notamment soutenus par le pôle de compétitivité aérospatial AS’Tech.

Si l’aéronautique civile en particulier est un moteur de la croissance économique facilitant la mobilité et les échanges commerciaux par exemple, elle souffre paradoxalement d’un déficit d’image puisque clairement perçue comme fortement émettrice de gaz à effet de serre. En tenant compte du forçage radiatif (augmentation de l’effet de serre dû aux émissions en altitude, la contribution du transport aérien aux émissions mondiales est actuellement de l’ordre de 2 % et devrait atteindre au maximum 5 % en 2050 (source : IATA et IPCC, juin 2013). Ces émissions sont en augmentation constante en raison de la hausse du trafic aérien. La régulation des émissions de gaz à effet de serre du transport aérien a débuté en 2012 dans l’Union européenne par l’intégration des compagnies aériennes au système d’échange de quotas de CO2. Toute compagnie aérienne opérant un vol à destination ou en provenance de l’Union européenne y est soumise : ainsi, des entreprises extra-européennes sont impliquées dans ce mécanisme financier européen . Les débats récents semblent converger vers un compromis selon lequel seules les émissions dans l’espace de souveraineté aérienne des pays de l’UE seraient soumises au système d’échange de quotas. La décision finale en la matière n’est toutefois pas arrêtée à ce jour.

Le modèle des compagnies à bas coûts, qui a connu un très grand succès dans les années 1980-90 aux Etats-Unis et 2000 en Europe, est désormais moteur de la croissance du trafic en Asie et en Amérique latine. Toutefois, ce modèle qui multiplie les liaisons point à point entre aéroports régionaux est critiqué en Europe.

Il est à noter que les armées et gouvernements sont également concernés par la sobriété énergétique et par la limitation des émissions de CO2 induites : en effet, l’augmentation des coûts opérationnels et logistiques des moyens militaires aériens et technologiques, en particulier en situation de combat, est un sujet de préoccupation majeur.

Sur le système européen d’échange de quotas et son application au
secteur aérien, voir n°700

Amélioration de l’image sociétale

Le secteur de la défense et de la sécurité souffre parfois d’une image négative d’un point de vue sociétal. Ainsi, la montée des préoccupations sur la vie privée et la surveillance des données sur Internet, notamment suite aux révélations du programme de surveillance PRISM à l’automne 2013, rejaillit sur les entreprises du secteur qui proposent des solutions de contrôle d’accès et de sécurisation des réseaux.

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