D. Secteur Aéronautique, Défense et Sécurité

Les trois enjeux principaux [642]

Question

Quels sont les enjeux principaux du secteur Aéronautique et Défense en matière de Développement Durable ?

Réponse

Le Développement Durable et la RSE confrontent le secteur de l’Aéronautique, de la Défense et de la Sécurité à plusieurs enjeux qui sont particulièrement structurants pour cette industrie.

1. Les enjeux environnementaux

Ils sont au nombre de trois :

a. Émissions de CO2

Le premier d’entre eux, et probablement le plus évident pour le grand public, concerne la consommation de carburant et les émissions de CO2. La prise en compte de changements économiques (importante volatilité et hausse du prix du carburant) en fait un enjeu fondamental pour le développement de l’aviation et la santé financière des compagnies aériennes. De manière plus globale, l’aéronautique et le transport aérien sont des leviers essentiels du développement économique : la contrainte carbone peut ainsi avoir d’importantes répercussions économiques.

De plus, comme nous l’avons vu précédemment, l’industrie souffre d’un déficit d’image sur le sujet et la plupart des acteurs travaillent activement à la réduction de leur consommation de carburant. Ce phénomène n’est pas nouveau et de grands progrès ont déjà été réalisés. En effet, les avions consomment aujourd’hui 70 % de carburant de moins qu’en 1970 par unité de transport (siège-kilomètre). Les Nations Unies via l’ICAO (International Civil Aviation Organization) coordonnent les efforts de l’industrie sur ce point et fixent des objectifs chiffrés voir n°644.

Afin d’atteindre ces objectifs, l’industrie met en avant sa forte capacité d’innovation et développe de nouvelles technologies , notamment afin :

  • d’alléger les structures par l’utilisation des composites, comme dans les récents Boeing 787 et Airbus A350  – toutefois, le succès et le caractère durable du recours à une telle technique doit s’évaluer sur une longue période (environ 30 ans) ;
  • d’améliorer le rendement des moteurs (amélioration des technologies existantes comme l’augmentation continue des taux de dilution )
  • de mieux gérer le trafic aérien en optimisant les routes et trajectoires des avions, notamment dans les phases de roulage (green taxiing), de décollage, d’approche et d’atterrissage pendant lesquelles le rendement des réacteurs est très peu optimal,
  • de favoriser l’utilisation de carburants alternatifs. Dans sa stratégie « Transport 2050 » publiée en mars 2011, la Commission européenne a fixé l’objectif d’utiliser 40 % de carburants pour l’aviation provenant de sources alternatives durables en 2050.
  • de mieux utiliser l’électronique de puissance afin d’adapter la production d’énergie électrique à bord, dont la demande augmente considérablement dans les nouveaux avions,  et d’obtenir de meilleurs rendements.

En aéronautique, même des changements en apparence mineurs – comme celui du type de peinture extérieure d’un aéronef – peuvent générer des économies de carburant. Toutefois, l’impératif de sécurité se traduit souvent par des procédures de certification qui ralentissent parfois la mise en œuvre d’innovations. Par ailleurs, la complexité extrême des systèmes aéronautiques fait qu’une innovation environnementale pour un composant peut entraîner des inconvénients pour d’autres. À titre d’exemple, les approches (procédures de vol) aériennes à faible consommation de carburant, qui limitent les émissions de CO2 peuvent générer des nuisances sonores supplémentaires.

Programme SESAR

Le programme SESAR (ou Single European Sky ATM Research) est le nom du programme visant à fournir à l’Europe des systèmes plus performants de gestion du trafic aérien afin de moderniser les systèmes actuels. Le programme SESAR, mis en œuvre par l’agence Eurocontrol, est le pilier technologique du programme Ciel Unique ou SES (Single European Sky). Le projet SESAR est l’équivalent européen du projet NextGen aux Etats-Unis.

b. Nuisances sonores et utilisation de matériaux toxiques

La force de la Recherche et Développement (R&D) dans le secteur permet également de répondre à des enjeux de Développement Durable et de RSE, tels que la réduction du bruit ou la réduction de l’utilisation de matériaux toxiques (systèmes de freinage hydrauliques remplacés par des systèmes électriques) voir n°644

La France dispose avec l’ACNUSA d’une autorité de contrôle et de sanction des nuisances sonores aéroportuaires qui, depuis 2009, contrôle également les émissions d’autres polluants. Cette structure, qui a su gagner la confiance des parties prenantes et notamment des riverains, est un exemple pour d’autres pays.

c. Recyclage des matériaux en fin de vie des appareils

La fin de vie des appareils, qu’ils soient civils ou militaires, constitue également un enjeu important. Même si des progrès significatifs restent à faire dans le domaine naval et terrestre de défense, le recyclage des matériaux des avions en fin de vie apparaît de plus en plus comme une évidence, à la vue notamment de la raréfaction de certaines matières premières dont l’industrie est aujourd’hui dépendante, comme le titane par exemple. Plus largement, la déconstruction d’appareils pose des questions qui dépassent le domaine écologique et entrent sur le terrain social et surtout politique. En effet, les opérations de déconstruction sont techniques et délicates, et les spécialistes peu nombreux à l’échelle mondiale. La France compte deux sociétés spécialisées dans la déconstruction d’avions : Centre Aviation à Châteauroux et Tarmac Aerospace à Tarbes. Les leçons tirées de la déconstruction des appareils sont désormais intégrées lors de leur conception et prises en compte dans la gestion de leur cycle de vie.

Il ne faut cependant pas perdre de vue le fait que si l’industrie A&D met tant de moyens pour répondre aux enjeux identifiés ci-dessus, c’est aussi parce que ces enjeux ont clairement une dimension économique forte. Le recyclage des matériaux permet de répondre à moindre coût à la raréfaction de certaines matières premières de la même manière que l’allégement des appareils permet une diminution de la facture de carburant et que l’utilisation de composites doit permettre une baisse des coûts de maintenance des cellules.

2. Les enjeux d’éthique et de gouvernance

Dans le secteur Aéronautique, Défense et Sécurité, la RSE signifie aussi exercer son métier de manière responsable, en maîtrisant les risques, sur une base de gouvernance saine, avec une éthique irréprochable. Les exigences réglementaires évoluent vite au niveau mondial, tirées particulièrement par les Etats-Unis et l’Europe. Elles sont souvent clés pour obtenir des marchés : la conformité est donc devenue un enjeu fort pour le développement et la pérennité des activités.

Au sein des entreprises du secteur, cela se traduit par la mise en place de systèmes et de procédures permettant de répondre aux principaux enjeux suivants :

  1. la conformité aux réglementations et conventions existantes ;

    Exemple

    Adoption en octobre 2009 par l’IFBEC (« International Forum on Business Ethical Conduct for the Aeropsace and Defence Industry », regroupant les associations professionnelles américaines et européennes) de principes de conduite communs en matière d’éthique et de conformité.

    En octobre 2012, l’IFBEC a rendu public son premier rapport sur la transparence de la conduite des affaires dans le secteur A&D. Ce rapport souligne que le Président ou Directeur général de l’entreprise est responsable directement de l’éthique des affaires pour 50% des entreprises signataires des principes de conduite de l’IFBEC.

  2. l’éthique et la lutte contre la corruption ; notamment par le respect de la Convention de l’OCDE contre la corruption, enfin
  3. pour les métiers de la défense, une conduite responsable du métier, en tant qu’acteurs travaillant pour les Etats et gouvernements. Cela passe notamment par l’application des traités internationaux signés par les Etats où l’entreprise opère, ainsi que par d’autres types d’actions pouvant aller encore au-delà.

    Exemple

    Le respect de la Convention d’Ottawa sur l’interdiction des mines antipersonnel.

3. Les enjeux sociétaux

Trois autres enjeux clés, de nature sociétale, font partie du périmètre Développement Durable et RSE de ce secteur d’activité :

  1. Une gestion responsable des collaborateurs en mettant un accent particulier sur la gestion des compétences à long terme. En effet, en raison de la technicité des métiers, des innovations permanentes et des longs cycles de développement, les entreprises de ce secteur sont amenées à anticiper les compétences dont elles auront besoin dans le futur (à 10-20 ans) pour assurer leur pérennité et donc un Développement Durable.
  2. Une gestion de la « supply chain ». Dans des métiers ayant une « supply chain » voir n°480 complexe composée de nombreux maillons et dont les cycles d’activité sont particulièrement longs, la relation avec les fournisseurs est un facteur clé pour la réussite des projets et le respect des délais et de la qualité. Certaines entreprises mettent ainsi en place des cadres de travail favorisant le dialogue avec leurs fournisseurs. Elles peuvent même être amenées à les assister en cas de difficultés économiques.
  3. Une relation continue et transparente avec les parties prenantes. Certaines institutions financières ont pour politique de ne pas traiter avec les entreprises du secteur A&D qui produisent certains types d’armement (bombes à sous-munitions par exemple). C’est le cas du fonds gouvernemental norvégien, l’un des plus grands fonds souverains, qui a exclu entre 2005 et 2010 les plus grandes sociétés du secteur de son portefeuille (par exemple Boeing, EADS, Lockheed Martin ou Safran). Afin de sécuriser les financements, au-delà d’une éthique irréprochable, un dialogue proactif et transparent avec les parties prenantes est indispensable.

Exemple (Procurement Network - EADS)

EADS a mis en place un réseau « Procurement Network » (réseau de travail entre le groupe et ses fournisseurs) visant à partager les bonnes pratiques avec ses fournisseurs. Le groupe a également réalisé en 2009 des formations pour plus d’une centaine de ses fournisseurs.

Exemple (Lien avec les parties prenantes – Thales)

Signataire du Global Compact, Thales a atteint en 2012 le niveau « Advanced » : la qualité de la démarche de l’entreprise vis-à-vis des parties prenantes est ainsi reconnue.

L’intégration avec les fournisseurs peut également conduire à déployer chez eux les propres procédures éthiques de l’entreprise, dans une optique de maîtrise des risques.

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