Q. Directeur du Développement Durable

Les nouvelles choses à faire [574]

Question

En quoi l’évolution du concept de Développement Durable est-elle génératrice de changements, y compris pour la fonction Développement Durable ?

Réponse

Le regard porté par les acteurs économiques sur le Développement Durable a sensiblement changé en l’espace d’une décennie. D’une approche très orientée vers la conformité, la communication et l’image, et vue comme un coût supplémentaire, nous entrons dans une nouvelle ère où le Développement Durable est perçu par de nombreux dirigeants comme un réel pilier stratégique, de différenciation, de création de valeur et de réduction des coûts. Face à la crise financière qui impose de nouvelles approches, la fonction Développement Durable a donc une position de plus en plus stratégique et proche des organes de décision de l’entreprise. Les Directeurs du Développement Durable de la décennie 2010 devront faire entrer le Développement Durable dans l’offre des produits et services des entreprises, les guider dans l’adaptation de leurs modèles économiques aux grands défis planétaires, accompagner les dirigeants dans la traduction opérationnelle du Développement Durable.

1. Identifier les nouvelles problématiques et comprendre leur implication pour l’activité de l’entreprise

L’accroissement des connaissances, les avancées scientifiques et les ruptures technologiques, l’évolution des mentalités redessinent constamment les contours du concept de Développement Durable.

Il y a encore dix ans, le changement climatique peinait à rentrer dans l’agenda des responsables politiques et économiques, il est aujourd’hui devenu incontournable, même pour les entreprises. La prévision et l’anticipation du changement climatique sont désormais couramment intégrées aux politiques de développement durable. En revanche,  depuis peu, une véritable prise de conscience est en train de s’opérer autour des enjeux posés par la perte de la biodiversité et l'épuisement de multiples ressources naturelles (comme l'eau). On note également un intérêt croissant au sujet de la chaîne d’approvisionnement. Ces exemples illustrent le fait que la Direction du Développement Durable a un rôle essentiel de veille et de prospective pour cerner les enjeux du futur.

2. Etre prêt à remettre en question des activités ou des pratiques de l’entreprise

La crise économique que nous traversons ces dernières années, la nécessité de récréer de la confiance, mais aussi la prise de conscience des grands défis planétaires (changement climatique, raréfaction des ressources, croissance démographique, etc.) amènent les acteurs économiques à s’interroger sur l’évolution des modes de consommation et sur les façons de produire. Le Directeur Développement Durable a un rôle fondamental dans cet exercice complexe mais essentiel pour l’avenir de l’entreprise et doit aider la Direction de l’entreprise et les Directions opérationnelles à challenger le « business model » et à l’adapter.
Le directeur Développement Durable, avec l’appui de la Direction Générale, doit saisir les opportunités et les refléter dans le business model de l’entreprise et le développement de nouveaux produits/marchés ; en particulier en y introduisant une dose plus ou moins importante d’économie de services ou de fonctionnalités, en lieu et place d’une économie de produits (ie proposer au client d’acheter non pas le produit mais le service que ce dernier lui rend).

Pour plus d’information sur l’évolution des « business model », notamment passage d’une économie de produits à une économie de services, voir n°434.
Voir également sur ce point le groupe de travail créé par l’International Integrated Reporting Commitee (IIRC) au  n°497.

3. Faire évoluer le système de mesure de la performance de façon à montrer la valeur créée grâce à la prise en compte des enjeux de Développement Durable

Il existe une pluralité d’outils de mesure des progrès d’une entreprise vers le développement durable qui peuvent être utilisés comme outils de pilotage. L’entreprise peut par exemple faire référence à des référentiels d’indicateurs de « reporting » Développement Durable externes (citons par exemple la Global Reporting Initiative GRI, le Pacte Mondial ou la Norme ISO 26 000).

Elle peut également communément se conformer à des engagements volontaires, certifications, labellisations ou à des notations extra-financières.

Au delà de ces démarches classiques de mesure de la performance et afin de renforcer l’impact et la crédibilité du reporting RSE auprès des parties prenantes, les organisations s’inscrivent de plus en plus dans une tendance essentielle, celle du reporting intégré. Cette notion recouvre l’intégration, au sein d’un document unique, du reporting financier (normé et encadré par des standards internationaux stricts) et extra-financier. Cette démarche est promue par l’International Integrated Reporting Committee (IIRC) et la Global Reporting Initiative (GRI). C’est une avancée majeure vers le couplage des données RSE à l’information financière, afin de rendre visible les liens entre performance sociétale et performance financière. Les dirigeants et partenaires de l’entreprise disposeront ainsi d’une vision plus globale de la performance, et des facteurs intangibles de création de valeur.

Des initiatives de comptabilité environnementale ouvrent également des voies nouvelles, comme par exemple le compte de résultat environnemental initié par le groupe Kering qui va au delà de la mesure classique de l’empreinte environnementale en mettant une valeur monétaire aux impacts environnementaux de sa chaine de valeur (activités opérationnelles et chaine d’approvisionnement) (pour en savoir plus, voir sur http://www.kering.com/fr/dev-durable/compte-de-resultat-environnemental).