P. Directeur des Systèmes d'Information

Prise en compte du Développement Durable dans les tâches habituelles du Directeur des systèmes d’information [562]

Question

Qu’est-ce que cela change pour les tâches habituelles du Directeur des systèmes d’information (DSI) ?

Réponse

La prise en compte de la dimension Développement Durable et les évolutions qu’elle entraîne dans les systèmes d’information ne sont pas sans impact sur les tâches habituelles du Directeur des Systèmes d’information :

1. Optimisation des usages, des coûts et des consommations

L’IT présente des marges importantes de réduction des dépenses, qui, malgré une diminution due à la crise, poursuivent une tendance à la hausse. Dans ce contexte, le DSI peut travailler sur plusieurs chantiers sources d’économies d’énergie et d’argent :

  • Travailler sur les pratiques des utilisateurs : configurer les postes de travail à la mise hors tension pendant la nuit, optimiser l’utilisation des imprimantes, etc.

Exemple 1 (Webhelp : des économies grâce à la mise en veille)

La société Webhelp spécialisée dans les centres d’appel et l’externalisation de relation client s’est équipée d’une solution de gestion de l’énergie « Energy Saver 5 » permettant la mise en veille automatique des postes de 22h à 7h avec une réinitialisation quotidienne. Ce dispositif installé à terme sur 10 000 postes doit permettre d’économiser 1 688 MWh, soit 127 tonnes de CO2 évitées et 140 000 € économisés.

  • Optimiser la consommation d’énergie liée aux data centers. Pour les entreprises gérant une quantité importante de données, les data centers sont une source importante de consommation d’énergie et de coûts. Des référentiels de bonnes pratiques proposent des solutions intéressantes comme le Datacenter Maturity Model de Green Grid.

Exemple 2 (Macif : 30% d’économies d’énergie sur les data centers)

Avec la sécurité des données, la performance des applications, la réduction de l’empreinte environnementale des data centers a été prise en compte dans la construction du 2ème data center de l’entreprise d’assurance. Grâce entre autres à des travaux sur le refroidissement (climatisation en circuit fermé), le confinement des serveurs, etc. la Macif table sur une économie annuelle de 80 000 € sur la facture d’électricité.

  • Améliorer la durée de vie du matériel. Adapter les capacités par rapport aux utilisations, former les utilisateurs, etc. Certaines évolutions logicielles par exemple, requièrent une mémoire vive importante et peuvent diminuer les performances du matériel et pour les utilisateurs. A l’inverse, l’ajout de mémoire vive sur du matériel peut sensiblement prolonger sa durée de vie. Du point de vue des utilisateurs, une formation aux règles de base pour préserver la durée de vie et les performances du matériel peut s’avérer utile. En effet, il ne faut pas oublier que si les TIC offrent des possibilités de réduire les impacts des activités humaines sur l’environnement, elles sont aussi source de nombreux impacts lors de leur production (énergie consommée, extraction des matières premières, utilisation de matières toxiques, etc.)

2. Modification des processus d’achat DSI

Les impacts environnementaux et surtout sociaux de l’IT dans les entreprises se situent principalement en amont de l’utilisateur, lors de  la production du matériel, de l’externalisation de certaines fonctions ou prestations, etc. Dans ces conditions, il existe des moyens pour le DSI de maîtriser les risques et de réduire les impacts liés à ses solutions IT.

  1. La sélection des fournisseurs de matériel informatique. Les sous-traitants des constructeurs informatiques font régulièrement l’objet d’accusations de non-respect du droit du travail (durée minimale de travail, travail des enfants, conditions de vie des employés, etc.) et il est important de pouvoir s’approvisionner en connaissance de cause. Parallèlement, les pratiques environnementales des fabricants de matériel IT ainsi que les performances environnementales de leurs produits sont également à prendre en compte. Ils font d’ailleurs l’objet d’un classement régulier par l’ONG (voir section  n°568 référence n°10) Greenpeace sur la base de ces critères (performance énergétique, composition, recyclabilité, cycle de vie des produits ainsi que la gestion de produits chimiques dans les opérations, la gestion de l’amont et l’approvisionnement en minerais dans des zones de conflit, etc.) Afin de mieux contrôler ces paramètres, le DSI peut construire des cahiers des charges incluant des exigences RSE envers ses fournisseurs.

Exemple : EPEAT (Electronic Product Environmental Assessment Tool)

Cet écolabel propose une évaluation environnementale de matériel informatique sur la base de leurs impacts et performances environnementales sur leur cycle de vie. L’entreprise s’auto-évalue et communique les résultats à l’EPEAT qui peut lancer procéder à des vérifications des informations  fournies de façon aléatoire par des experts indépendants.

Le label sera étendu fin 2013 aux serveurs et téléphones portables. 

Pour plus d’information sur ce point, voir également  n°482 s.
  1. La sélection des prestataires. Dans une logique similaire aux approvisionnements de matériel informatique, la sélection des prestataires doit inclure des éléments permettant d’identifier les risques de non-respect des réglementations, de conditions de travail indécentes, etc. chez les prestataires. Le Cloud Computing par exemple est une source « d’offshoring » et pourrait représenter selon étude réalisée par IDC plus de 6 millions d’emplois en Inde et en Chine d’ici 2015. Les entreprises, de plus en plus nombreuses à avoir recours au Cloud, doivent adopter des règles de prudence aux niveaux social et environnemental dans la sélection des fournisseurs mais aussi du point de vue de la fiabilité des prestataires vis-à-vis de la confidentialité des données.

3. Respect des contraintes réglementaires lors de l’élimination de matériels

Lorsque des équipements informatiques ou de télécommunication doivent être changés suite à des travaux de réfection ou de maintenance, leur élimination suppose le respect des contraintes réglementaires introduites par la Directive DEEE ( voir n°560 ci-avant) qui s’appliquent quel que soit le statut juridique du matériel (informatique, téléphonie, écrans, etc.) Cette responsabilité incombe au producteur du matériel qui doit pour les DEEE professionnels assurer la gestion de fin de vie des équipements par un système individuel ou l’adhésion à un éco-organisme agréé. Cette responsabilité peut être transférée à l’utilisateur selon les modalités du contrat de vente. Le DSI doit donc être attentif au traitement de cette obligation dans les contrats avec ses fournisseurs de matériel. Il convient également de connaitre les options proposées par les fournisseurs pour la collecte et le recyclage des DEEE, les filières de réemploi du matériel faisant par exemple souvent appel à des entreprises d’insertion.

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