K. Directeur des Risques et Assurances

Prise en compte du Développement Durable dans les tâches habituelles de la fonction Risques et Assurances [512]

Question

Comment le Développement Durable modifie-t-il les tâches habituelles de la fonction Risques et Assurances ?

Réponse

La prise en compte de la dimension Développement Durable ne change pas fondamentalement l’approche du Directeur des Risques et Assurances. Cela peut toutefois le conduire à :

1. Elargir ou approfondir la cartographie des risques de l’entreprise

S’agissant d’un domaine en pleine évolution, et recelant, comme nous l’avons vu, de risques à impact potentiel significatif, le Développement Durable doit désormais être intégré à la cartographie historique des risques de l’entreprise. Pour cela, au-delà de ses échanges avec les autres fonctions de l’entreprise (Direction Environnement, Direction Ressources Humaines, Direction Achats, etc.) et les différentes branches de l’entreprise, le directeur des Risques et Assurances peut utiliser une méthode systématique de screening des thèmes Développement Durable. Différentes grilles peuvent être envisagés pour réaliser cette analyse, parmi lesquelles la norme ISO 26000 de novembre 2010 qui structure en 7 points les questions centrales que doit se poser une entreprise en matière de Développement Durable :

  • gouvernance et organisation,
  • droits de l’homme,
  • relations et conditions de travail,
  • environnement,
  • bonnes pratiques des affaires,
  • questions relatives aux consommateurs,
  • engagement sociétal

Le Directeur des Risques et Assurances n’a pas vocation à avoir l’expertise nécessaire à l’évaluation de l’état des lieux de l’entreprise sur tous les sujets à risques. Cependant, il doit être capable de poser les bonnes questions aux fonctions concernées, et de s’informer des nouveaux risques, ainsi que des tendances en termes de responsabilité sociale de l’entreprise (nouveaux sujets, enjeux réccurents dans les medias, etc.).
Par exemple, nous pouvons aujourd’hui citer quelques tendances sur les sujets des risques Développement Durable :

  • En termes de droits de l’homme, ou de conditions de travail : si mon entreprise est présente à l’international, quelles sont les réglementations en vigueur dans chaque pays, et comment est-ce que je m’assure que mon entreprise va au-delà des réglementations en vigueur dans les pays les plus à risque ? Exemple : le droit des employés de faire partie d’organisations syndicales est un acquis en France, mais n’est culturellement pas aussi simple dans certains pays.
  • En termes d’environnement et de changement climatique : Mon entreprise a-t-elle bien en place un système de veille adéquat des réglementations environnementales ? Mon secteur d’activité est il sujet à subir des conséquences du changement climatique ? Typiquement, le secteur des assurances et le secteur de la distribution d’énergie pour ne citer qu’eux sont significativement impactés par le changement climatique ; le premier du fait de l’augmentation de la fréquence des évènements naturels locaux ou extrêmes, entrainant un surcoût quantifié significatif pour l’ensemble du secteur, le second parce que la demande des consommateurs est directement lié au climat local. Le secteur agro-alimentaire a commencé à intégrer l’enjeu de la rareté de l’eau potable dans sa stratégie opérationnelle. De nombreux secteurs ont également en ligne de mire la rareté des matières premières, risque inévitable à anticiper. Le risque lié à l’approvisionnement en source d’énergie est usuellement reconnu comme globalement majeur également, et impacte les différents secteurs de manière plus ou moins prépondérante. sur les risques entrainés par le changement climatique sur une activité, sur les risques naturels et technologiques.

Exemple

Pour le secteur de l’assurance, le surcoût lié au changement climatique a été estimé à 14 milliards d’euros pour les vingt prochaines années, d’après l’étude relative à l’impact du changement climatique et de l’aménagement du territoire sur la survenance d’évènements naturels en France, conduite en 2009 par la Fédération Française des sociétés d’assurances

  • Bonnes pratiques des affaires / Supply chain : les enjeux liés à la supply chain sont très médiatisés depuis quelques années. Bien que n’étant qu’indirectement liés aux activités propres de l’entreprise, ces risques ont des conséquences parfois lourdes : le manque de traçabilité de la chaine d’approvisionnement peut entrainer un risque sanitaire important (agroalimentaire), le manque de contrôle des conditions de travail peut occulter des manquements au respect des droits de l’homme (travail des enfants, mais également conditions de sécurité insuffisantes entrainant des décès, sous-rémunérations, etc.), et sur certains secteurs un risque important de rupture de la chaine ou de volatilité des prix existe.
  • Questions relatives aux consommateurs / clients : Je dois connaitre et répondre aux attentes des clients sur mon marché ; dans de nombreux secteurs, les appels d’offre intègrent de manière de plus en plus significative des critères Développement Durable, et ne pas les satisfaire me défavoriserait, voire m’empêcherait d’être retenu. Concernant les consommateurs, les sujets de transparence des pratiques, en particulier, ont donné naissance à des scandales répétés dans de nombreux secteurs (enjeux d’image dans le secteur bancaire, enjeu de confiance dans l’agroalimentaire, etc.).
  • Engagement sociétal : En fonction des zones d’implantation d’une activité, en particulier dans les pays défavorisés, les opérations d’un industriel sont relativement dépendantes de l’acceptation du pays. S’engager pour l’amélioration des conditions de vie locales, pour le développement de communautés, peut parfois avoir un impact positif sur l’acceptabilité de l’activité.

D’autres natures de risques peuvent être mentionnés, tels que les risques géopolitiques et géoéconomiques :
En fonction de la structure de l’entreprise, et en particulier si les business units conduisent à leur niveau des analyses des risques : afin de s’assurer de la bonne pénétration des nouveaux enjeux Développement Durable dans les business units opérationnelles, il pourra être nécessaire d’accompagner les branches dans les ajustements du cadre de référence à leurs spécificités métiers et géographiques et dans la mise en œuvre de la démarche d’évaluation des risques, afin que les thématiques Développement Durable soient intégrées à leurs procédures d’évaluation des risques.

2. Compléter le dispositif de maîtrise des risques

a. Si celui-ci n’existe pas déjà, élaborer un cadre de référence des risques Ethique et Compliance :

  • analyser les interférences avec les dispositifs existants (risk management, audit interne, contrôle interne, juridique, etc.) ;
  • analyser l’ensemble des documents constitutifs du dispositif Ethique et Compliance disponibles à date ;
  • rédiger et faire valider le cadre de référence des risques Ethique et Compliance ;
  • élaborer des guides d’application de la démarche d’évaluation des risques ;
  • faire valider les guides d’application par l’équipe projet et par les différents représentants des services ou fonctions ;
  • mettre en œuvre la démarche sur une branche pilote (dont ajustements métiers) ;
  • revoir les résultats de l’évaluation et ajuster la démarche ;
  • préparer le dispositif de déploiement (plan de communication, formation, reporting, etc.).

b. Déployer les ajustements à opérer :

Adapter les plans d’action de réduction des risques en intégrant les risques Développement Durable identifiés et évalués. Cela passera notamment par l’implication de l’audit interne ou du contrôle interne afin de mettre en place des contrôles réguliers de certaines actions de limitation de risques.

3. Revoir les politiques d’assurance

Dans un domaine en constante évolution, il n’est pas certain que les politiques d’assurance soient adaptées, que ce soit à la nature du risque ou aux différents contextes locaux. Le Directeur des Risques et Assurances aura sans doute à revoir, avec ses courtiers et assureurs, mais également en intégrant les pratiques de son secteur d’activité, la pertinence des politiques mises en place.

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