G. Directeur de Production

Prise en compte du Développement Durable dans les tâches habituelles de la fonction Production [472]

Question

Qu’est-ce que cela change pour les tâches habituelles de la fonction Production ?

Réponse

Le Directeur de Production est naturellement impliqué dans une logique de Développement Durable sans pour autant en être toujours parfaitement conscient. Ainsi, nombre de ses taches habituelles intègrent ce type de préoccupations, mais il est souvent important d’en renforcer la perception pour en améliorer l’efficience.

1. Eviter/diminuer les risques d’accidents

La prise en compte du Développement Durable conduit à un facteur de pression complémentaire pour le Directeur de Production afin qu’il développe de façon plus volontaire ses actions d’évaluation et de maîtrise des risques liées à ses installations. Les relations développées avec les parties prenantes et la sensibilité de celles-ci aux risques générés par une entreprise entraînent en effet une pression forte sur le Directeur de Production qui doit perpétuellement être en mesure de démontrer qu’il maîtrise l’ensemble de ses risques et qu’il dispose pour cela de plans de prévention et d’actions d’amélioration.

En 2013, suite à l’incident survenu dans l’usine de Lubrizol de Rouen, un plan de mobilisation lancé par le ministère de l’écologie pour la prévention des risques technologiques vise notamment à accélérer l’élaboration des plans de prévention des risques technologiques (PPRT). Les mesures de réduction des risques à la source ont représenté 200 à 300 millions d’euros par an investis par les industriels, concernant 228 plans approuvés depuis 2003.

2. Respect des réglementations

Le renforcement des réglementations, et en particulier de celles relatives aux installations classées (voir ci-avant n°470), le contraint à une extrême vigilance sur le fonctionnement de ses installations, souvent soumises à déclaration, à autorisation, voire classées Seveso, ce qui nécessite de démontrer la bonne prise en compte de l’ensemble des exigences réglementaires. Il doit dans ce contexte rendre périodiquement des comptes sur les moyens qu’il a développés pour respecter ces exigences et sur les impacts environnementaux de ses activités.

Il en va de même pour la préoccupation d’hygiène et de sécurité des opérateurs qui - avec le soutien des Comités d’entreprise (CE), des Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et des médecins du travail - exigent des conditions de travail sûres et non pénibles. Le Directeur de Production doit être en mesure d’adapter ses « process » pour répondre à ces exigences. Les réglementations sur la gestion des substances dangereuses viennent par ailleurs renforcer ces exigences, en particulier en ce qui concerne les produits cancérigènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction humaine, ce qui implique une communication et une collaboration transversale structurées avec les services achats et QHSE.

3. Rendre des comptes sur le Développement Durable

La prise en compte grandissante des nuisances à l’environnement et la sensibilité des populations riveraines, des associations et de l’ensemble du public aux enjeux de changement climatique font que le Directeur de Production peut être de plus en plus facilement amené à rendre des comptes sur les pollutions générées par les activités de ses « process ». Il doit être en mesure de fournir des informations quantitatives et qualitatives pour répondre aux demandes formulées par des parties prenantes et les assurer de son niveau de maîtrise. Par ailleurs, le Directeur de Production doit aussi être en mesure de répondre aux exigences des normes de « reporting » sur les sujets relatifs au Développement Durable. Qu’il s’agisse des dispositions du Code de commerce ou des critères de « reporting » du Global Reporting Initiative (GRI) ( voir n°574) qui servent à élaborer les rapports Développement Durable, le Directeur de Production doit être conscient des sujets sur lesquels il devra produire un certain nombre d’indicateurs (consommations d’énergie, de matières premières, production de déchets, rejets aqueux et atmosphériques, etc.). Tous ces indicateurs doivent être fournis au niveau Groupe, et donc parfois au plan mondial, leur obtention étant plus ou moins aisée d’un pays à l’autre.
Les indicateurs GRI pouvant concerner le Directeur de production sont par exemple :

  • EN1 : Consommation de matières en poids ou en volume ;
  • EN2 : Pourcentage de matières consommées provenant de matières recyclées ;
  • EN3 : Consommation d’énergie directe répartie par source d’énergie primaire ;
  • EN4 : Consommation d’énergie indirecte répartie par source d’énergie primaire ;
  • EN5 : Energie économisée grâce à l’efficacité énergétique ;
  • EN8 : Volume total d’eau prélevé, par source ;
  • EN10 : Pourcentage et volume d’eau recyclée et réutilisée ;
  • EN16 : Emissions totales, directes ou indirectes, de gaz à effet de serre, en poids (teq CO2) ;
  • EN19 : Emissions de substances appauvrissant la couche d’ozone, en poids ;
  • EN20 : Emissions de NOx, SOx et autres émissions significatives dans l’air, par type et par poids ;
  • EN21 : Total des rejets dans l’eau, par type et par destination ;
  • EN22 : Masse totale de déchets, par type et par mode de traitement ;
  • EN23 : Nombre total et volume des déversements accidentels significatifs.

4. Justifier les choix

Les parties prenantes de l’entreprise sont maintenant sensibles à l’externalisation des activités à risques et tiennent généralement pour responsable l’entreprise qui fait appel à de telles pratiques pour éviter de mettre en œuvre les moyens de maîtrise de ses propres risques ( voir n°470 - 5). Le responsable de production doit être en mesure de démontrer que ses recours à la sous-traitance ne sont pas un moyen détourné pour éviter de gérer les risques induits par ses propres activités. Le cadre du standard international SA 8000 de responsabilité sociétale permet cependant d’engager la chaîne de sous-traitance et de faire respecter en particulier les conventions de l’Organisation internationale du travail portant notamment sur le travail des enfants, le travail forcé, l’hygiène et la sécurité, le temps de travail et la rémunération, etc.
De même, l’utilisation de certaines matières premières ou de certaines substances à risques devra de plus en plus être justifiée, certaines parties prenantes ayant des demandes beaucoup plus poussées que la réglementation applicable pour limiter l’emploi de produits à risques (élaboration de listes noires et de listes grises par certains clients par exemple pour obliger les fournisseurs à substituer leurs produits les plus nocifs).

5. Mettre en œuvre des logiques d’amélioration continue

Les systèmes de management de type ISO 14001, OHSAS 18001 (voir ci-avant au  n°470) amènent une entreprise à planifier ses processus en décrivant les impacts qui y sont associés et en proposant des moyens de maîtrise associés, respectivement pour les questions liées à l’environnement et pour celles liées à l’hygiène et à la sécurité. Le Directeur de Production devient un acteur important dans le fonctionnement de ces systèmes et les audits conduits l’amènent à rendre compte des pratiques qui sont développées par les opérateurs, sous sa responsabilité. L’ensemble des activités de reporting (exigences réglementaires, certification environnementale, auto-diagnostic de performance…), devient alors un outil opérationnel de pilotage pour accompagner durablement la performance.

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