F. Directeur de la R&D

Pourquoi se préoccuper de Développement Durable ? [460]

Question

Pourquoi le Directeur de la fonction Recherche et Développement (R&D) doit-il se préoccuper de Développement Durable ?

Réponse

La fonction Recherche et Développement (R&D) doit se préoccuper de Développement Durable pour des raisons à la fois stratégiques, financières et opérationnelles :

1. Aspects stratégiques

La R&D est une composante essentielle de la stratégie de l’entreprise. Or, le Développement Durable est une tendance de fond de l’économie et une préoccupation de l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise (« stakeholders ») et en particulier des clients (« B to B ») et des consommateurs (« B to C »), qui attendent des produits et des services plus respectueux de l’environnement ou davantage porteur de sens.

La capacité de la R&D à accompagner l’entreprise dans la réponse à cette attente est un facteur véritablement différenciant pour l’entreprise. Par exemple, dans le secteur pétrolier, la recherche de TOTAL sur le biocarburant de deuxième génération est susceptible de lui donner un avantage compétitif important. Il en va de même pour les travaux à grande échelle sur la gazéification « propre » du charbon, où les Chinois sont très en pointe.
En ce qui concerne les aspects stratégiques, on notera également tout ce qui permet d’aller vers une économie de fonctionnalité qui modifie profondément les attentes vis-à-vis des produits vendus, l’objectif étant de leur permettre d’être incorporés dans une nouvelle offre de service, créatrice de valeur et respectueuse de l’environnement. En pratique, le degré d’importance stratégique de la prise en compte du Développement Durable dans la Recherche et le Développement sera essentiellement fonction du secteur de l’entreprise.

Exemple (Energie - Réduction de l’impact de la taxation des émissions de CO2)

Pour le secteur de l’énergie, la taxation des émissions de carbone donne à la recherche sur les énergies renouvelables ou sur la capture de CO2 un caractère d’axe stratégique de développement. L’intégration des problématiques Développement Durable est ainsi un moyen de réduire l’impact financier de cette taxation et a donc un lien direct avec la performance économique de l’entreprise.

2. Aspects financiers

La prise en compte du Développement Durable par la Recherche et le Développement peut notamment permettre :

  1. d’abaisser le Coût total de possession (« Total Cost of Ownership » / TCO) des produits, par exemple en agissant sur la consommation d’énergie de ces produits lors de leur usage par le consommateur, créant ainsi un avantage prix pour ce dernier ;
    Sur la notion de coût total de possession (en anglais TCO), voir n°480
  2. de créer de la valeur par le dépôt de brevets apportant des solutions innovantes en matière de Développement Durable. L’essor des approches de type « innovation ouverte » (en anglais « open innovation ») conduit souvent à mieux valoriser le portefeuille de brevets de l’entreprise. Certaines sociétés, telles par exemple que Technicolor ou Merck - sont très actives dans la commercialisation de leur capital intellectuel et génèrent une part significative de leurs revenus par ce biais. Peugeot-Citroën, EADS et Renault sont également en tête du classement en nombre de brevets publié par l’Inpi en 2011 sachant que l’un des 3 axes prioritaires de recherche de ces sociétés porte sur les innovations à caractère environnemental (réduction de la pollution et des besoins énergie ; réduction de l’empreinte environnementale globale).

    Exemple 1 (Eco-innovation)

    Les brevets concernant les éco-innovations - c’est-à-dire des innovations destinées à améliorer la protection de l’environnement - ont représenté 37 % de l’ensemble des brevets déposés en France en 2009, d’après une étude de l’Institut national de la propriété intellectuelle (Inpi) avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME).

    Exemple 2 (Innovation - Facteur clé de la capacité des entreprises à rebondir après la crise)

    L’enquête PwC sur « l’innovation et la performance de la R&D » (juin 2010) montre que les dirigeants sont convaincus que l’innovation sera un facteur clé de la capacité de l’entreprise à rebondir après la crise. Nous en voulons également pour preuve cette donnée du Centre de recherche de la Commission européenne selon laquelle les dépenses consacrées à la recherche et au développement ont progressé de 8,1 % en 2009, au plus fort de la crise donc.

  3. la diminution du coût de la recherche via le crédit d’impôt recherche, dans la mesure où les projets de recherche inspirés par le Développement Durable démontrent souvent une activité innovante.

3. Aspects opérationnels

La prise en compte des aspects Développement Durable dans la fabrication des produits doit se faire le plus en amont possible, dès leur conception, ce qui implique directement la fonction Recherche et Développement.

Les principaux objectifs recherchés sont en effet :

  • la réduction des besoins ou l’optimisation de la consommation d’énergie des produits ;
  • la prévention des effets polluants induits par la production et l’utilisation des produits manufacturés ;
  • l’utilisation de matériaux ou substances durables, conduisant ainsi à réduire l’impact sur le patrimoine environnemental ;
  • la réduction de la quantité de matière première nécessaire à la production ;
  • et enfin, l’amélioration de la facilité et du taux de recyclage des produits en fin de vie.

Cette liste n’est pas limitative et peut être étendue à l’amélioration de la « durabilité » des produits, à la prévention des impacts sanitaires potentiels et même au développement de pratiques éthiques de la recherche (par exemple en matière d’expérimentation sur les animaux ou de suppression de produits favorisant la dépendance du consommateur).
Dans tous les cas, la prise en compte « ab initio » de ces objectifs, c’est-à-dire dès le stade de la recherche, est un levier d’efficacité avéré.
Par ailleurs, des initiatives de mise en commun de bonnes pratiques et de brevets ont vu le jour ces dernières années. C’est ainsi que le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) a lancé « l’eco-patent commons » qui vise la mise en commun des brevets éco-responsables. Les brevets déposés par les entreprises dans ce cadre sont alors libres de droits.