F. Directeur de la R&D

Les nouvelles choses à faire [464]

Question

Le Développement Durable implique-t-il de nouvelles choses à faire dans la fonction Recherche et Développement ?

Réponse

Outre des modifications dans ses tâches habituelles ( voir n°462), le Directeur de la Recherche et développement sera également amené à développer de nouvelles approches.

1. Modification de son organisation (travail en commun avec le Directeur du Développement Durable et le Directeur du Marketing)

La collaboration entre ces trois fonctions représentera le plus souvent une tâche nouvelle. Il s’agira en effet de confronter les programmes de recherche aux attentes des clients / consommateurs en liaison avec la Direction Marketing (sur cette fonction, voir n°430 s.) et de prendre en compte les préoccupations Développement Durable, en liaison avec Directeur du Développement Durable (sur cette fonction, voir n°570 s.). Il s’agit d’un véritable domaine de progrès, largement ouvert pour les entreprises françaises et internationales. Cette coopération transversale s’étend également à d’autres fonctions de l’entreprise comme par exemple les achats (sur cette fonction, voir n°480 s.) et la production (sur cette fonction, voir n°470 s.) avec pour objectif de favoriser l’émergence d’innovations qui auront un impact sur la performance Développement Durable de l’entreprise.

Exemple (les 6 enjeux du Développement Durable - Lafarge)

Lafarge a identifié les 6 enjeux de la construction durable et les solutions pour y répondre. Les investissements en Recherche et Développement (R&D) et la stratégie d’innovation du Groupe permettent de relever ces défis. L’innovation est au cœur des préoccupations de Lafarge. Le Groupe investit sans cesse dans la recherche pour obtenir des produits de haute technologie et répondre au mieux aux exigences de ses clients. Lafarge va plus loin et intègre les dimensions environnementales, économiques et sociales dans sa recherche et son développement pour relever le défi de la construction durable. Les six enjeux identifiés sont les suivants :

  • L’empreinte environnementale (Enjeu n° 1)
    Comment diminuer les émissions de CO2 ? Faire un usage raisonné des matières premières ? Optimiser les ressources en eau ? Les enjeux environnementaux sont au cœur des préoccupations et des stratégies de Lafarge.
  • La mise en œuvre (Enjeu n° 2)
    Créées en laboratoire, les différentes gammes de produits Lafarge prennent toute leur mesure sur les chantiers. Faciles à mettre en œuvre, économes en énergie, ces produits permettent de limiter les nuisances et de réduire le temps des chantiers.
  • Les services (Enjeu n° 3)
    Présent partout dans le monde, Lafarge adapte son offre de services en fonction des besoins de ses clients tout en proposant des services innovants. Le but ? Mieux informer, conseiller et construire ensemble un monde plus durable.
  • Le coût énergétique (Enjeu n° 4)
    Les bâtiments représentent près de 40 % de la demande énergétique mondiale. Des solutions existent pour réduire ce taux, voire pour concevoir des bâtiments qui produisent autant d’énergie qu’ils en consomment. Lafarge s’engage auprès du secteur dans la construction durable.
  • Les spécificités locales (Enjeu n° 5)
    On ne construit pas de la même manière en Europe, en Asie ou en Afrique. La géographie, le climat, l’urbanisme local, le niveau de développement du pays ont un impact sur le comportement des bâtiments ou la performance du mode constructif.
  • Le confort et l’esthétique (Enjeu n° 6)
    Construire durable rime avec beau et confortable. Lafarge tient compte des critères d’esthétique, de confort et de résistance à l’usure du temps pour appréhender l’innovation et donner corps à la construction durable.

2. Nouvelles orientations de la Recherche et du Développement

Le Directeur de la Recherche et du Développement doit réfléchir à l’usage que les clients font des produits de l’entreprise afin d’analyser à quels besoins réels ces produits répondent. L’objectif est de rechercher des innovations dans l’utilisation même du produit plutôt que dans sa conception technologique (exemple : lessives à basse température, etc.). L’expérience montre en effet que la prise en compte du Développement Durable peut susciter, plus que des innovations technologiques, des innovations d’usage. Ainsi par exemple, sans contenir de révolution technologique, le Vélib’ et ses déclinaisons ont véritablement modifié l’empreinte environnementale des trajets urbains.

Exemple (Développement d’une voiture hybride - Toyota)

Chez Toyota, la conception orientée Développement Durable a transformé (a) les rapports entre les différentes parties de la voiture (véhicule faisant appel à plusieurs sources d’énergie) et bien sûr (b) l’utilisation du véhicule par le conducteur. La nouvelle conception de la voiture a non seulement permis la réduction de sa consommation de carburant mais est aussi empreinte de vertus pédagogiques vis-à-vis du conducteur qui appréhende mieux les conséquences de son mode de conduite (sportive, douce, etc.) sur la consommation, par la visualisation à l’écran des modes de propulsion thermiques et électriques.

3. Innovations dans les procédés de fabrication

Dans ce cas, l’objectif est d’obtenir un bénéfice environnemental visant à réduire les effluents polluants, la consommation d’énergie et celle de ressources rares. C’est ainsi que du pop-corn est commercialisé par certaines sociétés, comme Agripack, pour remplacer les produits de calage utilisés en logistique. Non destiné à la consommation humaine car non soumis aux tests sanitaires nécessaires, le produit Ecobal remplace ainsi le polystyrène, couramment utilisé dans l’industrie pour caler les objets fragiles.

Exemple 1 (Capture du CO2 - Air Liquide)

Afin de préserver notre environnement, il est indispensable de développer aujourd’hui des technologies qui vont permettre de réduire les émissions de CO2, gaz à effet de serre. Air Liquide participe activement à ces développements.

Partout dans le monde, la production d’électricité utilise des sources fossiles, comme le charbon, qui émettent du CO2 dont la maîtrise est un enjeu fort de la préservation de l’environnement.

Le captage et le stockage du CO2 sont des voies prometteuses qui consistent à capter les émissions industrielles de CO2 à la sortie des cheminées, à les transporter et à les enfouir dans les couches profondes de la Terre. Ainsi, cette technologie reproduit ce que la nature fait depuis des millions d’années dans les gisements naturels de CO2.

Généralement, le CO2 devra être transporté de son site d’émission au site propice à son enfouissement. Pour l’économie et la sécurité du procédé, ce CO2 doit être concentré.

Plusieurs techniques existent ; parmi elles, l’utilisation de l’oxygène à la place de l’air - l’oxycombustion - qui supprime l’azote (78 % de l’air). Elle conduit directement à des fumées plus concentrées (85 % de CO2 environ) qu’une combustion à l’air (15 % de CO2 seulement).

En s’appuyant sur l’expertise développée par le groupe, les chercheurs développent, en partenariat avec les fabricants de chaudières, ces technologies d’oxycombustion. Ils travaillent aussi sur les technologies de purification du CO2 et participent à de nombreux projets de tests en Europe, en Amérique du Nord et en Australie.

Exemple 2 (Réduction des émissions de NOx - Rhodia)

Désireux de réduire les émissions de NOx de ses installations mais également de réduire sa consommation d’énergie, Rhodia avait confié à Fives Pillard le remplacement des brûleurs de plusieurs chaudières à vapeur de ses sites. Les brûleurs à gaz traditionnels ont été remplacés par des brûleurs de type GRC Lonoxflam®. Cette technologie a la particularité de ne pas faire intervenir de procédé de recirculation des fumées dans l’air de combustion du brûleur (« Flue Gas Recirculation ») tout en assurant un taux d’émission de NOx très faible. Plus simple et fiable, elle est aussi plus économique pour le client tant en matière d’investissement qu’en maintenance.

4. Intégrations du « design » en s’inspirant des formes de la nature (Biomimétisme)

L’hypothèse est que la nature a fait les choses de manière suffisamment parfaite pour que l’homme puisse s’en inspirer. Lorsque les chercheurs recherchent, par exemple, des formes ou des propriétés particulières, l’observation du monde du vivant peut être source d’inspiration et de solutions. On citera des exemples tels que le verre biologique (exemple des diatomées - algues unicellulaires microscopiques qui se protègent du milieu extérieur par un squelette de verre qu’elles synthétisent à température ambiante à partir de traces de silice dissoute dans l’eau), la maximisation de surface dans un espace donné qui permet de concevoir des catalyseurs performants (toujours par référence aux diatomées, on a créé des matériaux microporeux dont la surface spécifique - la superficie réelle de surface de l’objet par gramme de cet objet - peut atteindre plusieurs milliers de mètres carrés par gramme. Autrement dit, un gramme d’une telle poudre a une surface supérieure à celle d’un terrain de football !) (« Le verre biologique inspire les chimistes », Jacques Livage, Thibaud Coradin, Pour la science, no 371, septembre 2008) ou encore les fibres de haute résistance (par mimétisme avec les soies d’araignée).

Exemple (Biotechnologies)

Les biotechnologies sont le mariage entre la science des êtres vivants - la biologie - et un ensemble de techniques nouvelles alliant de nombreuses autres disciplines telles que la microbiologie, la biochimie, la génétique, la biologie moléculaire, l’informatique.

5. Moyens, supports et compétences

Le Directeur de la Recherche et du Développement doit également trouver des compétences complémentaires pour mettre en œuvre ces nouveautés, tout particulièrement en matière de gestion de l’innovation, d’éco-conception. Il lui faudra certainement aussi créer et mettre à jour des bases de données lui permettant de suivre les performances environnementales des produits (actuels et futurs ou mis au point par les concurrents de l’entreprise voire même dans d’autres secteurs d’activité) et développer des outils (métriques) pour évaluer l’impact sur l’environnement des nouveaux produits conçus, notamment en contribuant à la progression des connaissances de l’entreprise en matière d’Analyse du cycle de vie (ACV). L'ACV permet également d’innover et de préparer les marchés de demain.