H. Directeur de la Chaîne d'approvisionnement (y compris achats et logistique)

Prise en compte du Développement Durable dans les tâches habituelles [482]

Question

Qu’est-ce que cela change pour les tâches habituelles du Directeur de la chaîne d’approvisionnement ?

Réponse
L’objectif est d’intégrer la dimension Développement Durable dans le processus d’achat et d’approvisionnement, en adaptant :

a. La typologie des familles d’achats de l’entreprise

Les services achats ont l’habitude de segmenter leur portefeuille d’achats en familles homogènes de produits et de services afin de procéder à une analyse risques/opportunités. L’intégration des principes du Développement Durable et en particulier la prise en compte équilibrée des attentes des différentes parties intéressées va les conduire à revisiter leurs typologies afin de prendre en compte de nouveaux facteurs liés (Guide Afnor FD X50-1351 susvisé p. 11) :

  • aux caractéristiques environnementales des produits (consommation d’énergie, durée de vie, recyclabilité, déchets, gestion de la fin de vie, technologies alternatives, etc.) et des processus de fabrication des fournisseurs (impact du processus de production, transport, gisement d’innovation, etc.) ;
  • aux conditions sociales de production (liées aux pays de production ou aux spécificités des familles d’achats) et aux risques sécurité en lien avec les process de fabrication des produits ou les conditions de réalisation des prestations de services (travail sur machines, exposition à des produits chimiques, etc.).. Par ailleurs, la quantification de tels types de risques (environnement, social, sécurité)  peut être accentuée dans le cas où un produit est commercialisé sous une marque particulièrement connue du grand public ou dans le cas d’une production réalisée chez un fournisseur dans une situation de forte dépendance économique vis-à-vis de l’entreprise cliente

Remarque

En matière d’achats durables, les actions doivent être menées simultanément dans les deux directions suivantes : « Produits/services » (ce que j’achète) et « Fournisseurs » (à qui et comment je l’achète). L’axe « produit » est en effet tout aussi fondamental que l’axe « fournisseur », car il permet de se poser toutes les bonnes questions en termes de Développement Durable, notamment en phase amont mais aussi pendant la vie du produit et en fin de cycle. Néanmoins, l’engagement des entreprises pour la dimension « produit » reste limité. En 2011, seulement 25% des entreprises de l’étude HEC/ECOVADIS ont répondu s’être  déjà engagées sur des analyses de cycle de vie de produits. (Sustainable Procurement : back to management !,  HEC/ECOVADIS 2011).

  • et enfin, aux caractéristiques économiques des achats effectués (coût des consommables, coût de l’énergie dans le coût total, opportunités de recyclabilité, efficacité économique sur le cycle de vie complet des produits et des prestations, etc.).

b. Les critères de sélection des produits et des fournisseurs

En plus de revisiter la typologie de leurs familles d’achats, les entreprises vont devoir adapter les critères de sélection de leurs fournisseurs en introduisant de nouveaux critères de performance liés au Développement Durable :

  • définition de nouvelles règles et/ou préconisations dans l’élaboration de l’expression des besoins, la sélection et l’évaluation des produits/services pour améliorer la performance globale des fournitures (exigences minimales de référence : écolabel européen, NF environnement ; suppression de certains produits ou substances ; privilégier la location à l’achat, etc.) ;
  • définition de nouvelles exigences liées aux engagements Développement Durable des fournisseurs (critères, conditions à satisfaire, calendrier de mise en œuvre progressive de ces nouvelles exigences) ;
  • Au-delà des préoccupations environnementales et sociales qui sont de plus en plus présentes dans l’esprit des consommateurs, la notion de « local » est aujourd’hui une attente spécifique, notamment avec le développement de labels et formes d’étiquetage comme le « Made in France ».

Exemple 1 (Sélection d’un transporteur)

Critère zéro alcool ; critères de sécurité (taux d’accidents sur 3 ans inférieur à X) ; véhicules respectant la norme européenne Euro 5 sur les rejets des moteurs diesels ; conformité des équipements de réfrigération ; surveillance du parc de véhicules/entretien.
Exemple 2 (Sélection d’un imprimeur)
Critères de certification ISO 14001, utilisation de papier certifié (PEFC, FSC), procédures de sécurité des employés et dispositifs, politique de ressources humaines, etc.
Exemple 3 ( Sélection d’un fournisseur de plateaux-repas)
Critères d’emballages réduits et/ou éco-conçus, produits alimentaires Bio, transport écologique pour les livraisons, etc.

 

Afin d’être en mesure d’effectuer les arbitrages nécessaires, l’entreprise doit se doter d’un dispositif de pondération et d’évaluation des critères sélectionnés (par exemple, quel est le critère discriminant à retenir pour décider - sur le plan opérationnel - de la sélection de tel ou tel produit ou de tel ou tel fournisseur lorsque plusieurs d’entre eux répondent à l’ensemble des critères ou, au contraire, lorsque tous présentent une faille dans un ou plusieurs critères ?)

c. Les clauses contractuelles des fournisseurs

Outre une gestion respectant l’intérêt des deux parties en matière de délais de paiement des fournisseurs, l’entreprise doit réfléchir à la transparence des clauses contractuelles et aux procédures appliquées en cas de désaccord, y compris lors de recours devant les tribunaux. Elle devra également inclure une clause Développement Durable dans ses conditions générales d’achats qui rappelle les engagements et obligations tant du fournisseur (certification, normes à appliquer, respect d’un référentiel donné, conditions d’intervention sur le ou les sites de production pour audit de conformité, etc.) que de ses acheteurs.


Cette clause doit être équilibrée et ne pas reporter l’ensemble des contraintes du Développement Durable sur le fournisseur (éthique de l’acheteur) (Guide Afnor susvisé2, point 4.2.5).

d. Les dispositifs de suivi et de contrôle

La mise en place d’indicateurs de mesure Développement Durable, qu’ils concernent la réduction des risques fournisseurs, la réduction du TCO (voir n°480) ou la création de valeur (innovation) est un des facteurs clefs de succès. La direction des achats doit en conséquence modifier son système d’information et ses instruments de pilotage de manière à pouvoir :

  • calculer le coût total d’acquisition (TCO) de chacun des produits ou familles d’achats identifiés,
  • mesurer les résultats et les niveaux de diffusion de sa politique Achats Durables,
  • et évaluer régulièrement ses pratiques et ses équipes d’acheteurs en matière de Développement Durable.

Différents types d’indicateurs peuvent être mis en place, comme par exemple des indicateurs de mesure de processus (ex : nombre de fournisseurs évalués), des indicateurs de résultats (ex : pourcentage des dépenses réalisées avec des fournisseurs responsables, ou part des fournisseurs ayant amélioré leur performance  RSE) ou enfin des indicateurs quantitatifs (ex : émissions de CO2 associées à telle ou telle famille d’achats et/ou à tel ou tel fournisseur).
En matière d’audit, des dispositifs de suivi sont très développés dans de nombreux secteurs qui mutualisent les contrôles pour éviter des audits répétitifs. Ces démarches communes peuvent s’inspirer d’initiatives existantes, telles que :

  • la « Joint Audit Cooperation » (secteur télécom),
  • « l’Initiative Clause Sociale » (secteur de la distribution) (http://www.ics-asso.org), ou,
  • « l’International Council of Toy Industries » (secteur des jouets) (http://www.toy-icti.org/).

Ces actions communes permettent aux différents acteurs de définir des standards communs, de mutualiser les audits et de partager les résultats.
Néanmoins, les audits sociaux ne remplacent pas l’implication des syndicats, des représentants du personnel, des contrôles du gouvernement local, etc.

e. Le circuit d’approvisionnement

En matière de transports et de logistique, il s’agit de repenser le circuit d’approvisionnement afin par exemple :

  • d’éviter les retours à vide (consommateurs de CO2 et sources de coûts inutiles),
  • de respecter des horaires de repos, d’offrir des conditions de travail décentes (ou de diminuer la pénibilité du travail) des transporteurs et de ceux qui chargent ou déchargent (en mettant à leur disposition du matériel adéquat et entretenu),
  • d’améliorer la logistique urbaine (problématique des centres-villes : encombrement, bruit/véhicules électriques, etc.),
  • de réduire le niveau des emballages (en organisant un circuit de consignes par exemple),
  • etc.

1 Actualisé et remplacé par le Guide Afnor NF X50-135-1, 2012.

2 Actualisé et remplacé par le Guide Afnor NF X50-135-1, 2012.

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