H. Directeur de la Chaîne d'approvisionnement (y compris achats et logistique)

Difficultés à surmonter [486]

Question

Quelles seront les principales difficultés rencontrées et comment les surmonter ?

Réponse
Dans sa démarche Développement Durable, le directeur de la « supply chain » sera plus particulièrement confronté aux difficultés suivantes :

a. Faire face au scepticisme

Les acheteurs et, d’une manière générale, l’ensemble des décisionnaires de la « supply chain » (transports, logistique) ont été formés à une approche fondée sur les trois seuls critères coût/qualité/délais, sans se soucier suffisamment de la qualité de la relation client/fournisseur à long terme. « Le principe de relations mutuellement bénéfiques est le principe le plus difficile culturellement à promouvoir mais le plus prometteur pour l’avenir. Quand tous les acteurs du marché comprendront que leur intérêt commun est de coopérer plutôt que de s’affronter, il deviendra possible de faire évoluer nos stratégies actuelles de jeu à somme négative ou nulle vers des stratégies « gagnant-gagnant ». Des progrès économiques considérables sont envisageables » (Guide Afnor FD X30-021 Responsabilité sociétale des entreprises - Guide pour la prise en compte des enjeux du Développement Durable dans la stratégie et le management de l’entreprise).

L’un des moyens de convaincre est de mettre en place des indicateurs de mesure permettant de valoriser l’impact financier de la réduction des risques ou la prise en compte du TCO, et d’une manière générale ce que l’on gagne à organiser une politique d’achats durables.
Ces mesures permettent de dégager des enseignements qui illustrent l’importance des efforts menés sur la chaîne d’approvisionnement. Par exemple (« Value of Sustainable Procurement Practices : A quantitative analysis of value drivers associated with Sustainable Procurement Practices », INSEAD/ECOVADIS/PwC, 2010) :

  1. En 2007, une entreprise de courrier et logistique a économisé 1 million d’euros en remplaçant la liaison aérienne Paris-Bordeaux par une liaison ferroviaire, réduisant à la fois les coûts et les émissions de CO2 ;
  2. En 2008, les économies d’énergie et de consommation d’eau, ainsi que d’autres démarches dans la gestion des biens immobiliers, ont permis à Baxter International Inc. de réduire ses coûts environnementaux d’environ $12 millions ;
  3. En 2010, Danone France a retiré les emballages extérieurs en carton des yaourts Activia et Taillefine, économisant ainsi 2,5 millions d’euros.

Alors qu’en 2007 seul un tiers des entreprises sondées employaient des méthodes formalisées pour évaluer les performances environnementales et sociales des fournisseurs, en 2011 ce sont deux tiers des entreprises interrogées qui ont mis en place et utilisent des outils de suivi (en interne ou via des prestataires externes). Cela permet de minimiser le caractère subjectif des évaluations des fournisseurs. (Etude « Sustainable Procurement : back to management ! », HEC/ECOVADIS, 2011, p.16).

L’autre moyen est de faire preuve d’innovation en introduisant des objectifs/indicateurs de performance Développement Durable dans les entretiens annuels des acheteurs et en adaptant leur rémunération (par exemple en associant une partie de leur rémunération variable à l’amélioration de ces indicateurs de performance).

Par exemple, la SNCF a développé un indicateur composite pour les achats durables (Rapport RSE, SNCF, 2012, p. 11) afin de mesurer le niveau de pénétration des achats durables dans l’ensemble des processus achats. Cette bonne pratique pourrait être dupliquée dans d’autres entreprises comme un moyen de faciliter la conduite du changement en interne.

b. Anticiper en amont

Sachant que l’acheteur n’a pas la décision finale de l’achat et que le responsable transport/logistique dépend des délais d’approvisionnement définis dans le processus de production, il est nécessaire d’impliquer les autres directions (prescriptrices en interne) afin de lutter contre la résistance au changement et les réticences culturelles. Seule une stratégie générale décidée au niveau global de l’entreprise permet d’organiser la synergie et la cohérence nécessaire entre la « supply chain » et les autres directions. C’est également le seul moyen de faire converger les demandes contradictoires entre les objectifs économiques à court terme et les enjeux à plus long terme du Développement Durable.

Là encore, la mise en place d’indicateurs de performance Achats durables pertinents et simples permettra d’accélérer le déploiement des initiatives, tout en rassurant le management sur le « retour sur investissement » des plans d’action (Etude HEC Paris, Les Achats durables : un levier essentiel de la sortie de crise, 2009 p. 18). Il en est de même pour les questions de transport et de logistique.

c. Utiliser des critères objectifs et pertinents pour la sélection des fournisseurs

Afin de ne pas prendre des décisions ou faire des choix dont il serait difficile de revenir, il est important de :

  1. Effectuer des choix de fournisseurs et d’achats respectant une cohérence avec la politique générale de développement durable de l’entreprise. Cela évite d’être piégé par des achats sous l’influence des effets de mode ;
  2. Se fier uniquement à des labels officiels, reconnus et appartenant à des référentiels sérieux. Le niveau d’exigence vis-à-vis du fournisseur doit être suffisamment discriminant sans être, pour autant, en décalage avec la réalité de ce que le marché peut proposer  ;
  3. Mener des audits et évaluation des fournisseurs en tentant de faire évoluer les mauvaises pratiques. Lorsque les habitudes du fournisseur sont difficiles à changer, la démarche de mutualisation des demandes avec d’autres clients du même fournisseur peut faciliter et accélérer le changement.

d. Gérer le manque de moyens humains et de compétences

La réglementation (légale ou « soft ») évoluant de plus en plus rapidement (Règlements/Directives Européens, Grenelle II, Décrets d’application ; Normes Afnor, ISO, etc.), le Directeur « supply chain » doit veiller - par la formation notamment - à l’expertise technique de ses collaborateurs, en ce qui concerne les nouvelles réglementations environnementales et RSE.